Avenir du travail
Une ressource sélectionnée de recherches récentes sur les tendances qui façonnent le marché du travail au Canada.
Cet article examine comment l’IA générative pourrait restructurer les hiérarchies organisationnelles, par exemple en diminuant le nombre de postes d’entrée dans la carrière. En effet, si les tâches routinières des premiers emplois sont de plus en plus automatisées, les entreprises pourraient abandonner la structure « pyramidale » traditionnelle au profit d’une structure en forme de losange : étroite en haut et en bas, plus large au milieu.
Les premiers constats sont mitigés. Selon des recherches menées par Erik Brynjolfsson et son équipe, ainsi que par Bouke Klein Teeselink, l’adoption croissante de l’intelligence artificielle est liée à une baisse des embauches chez les débutants et à des perspectives d’emploi moins favorables pour les jeunes. Toutefois, une étude menée par Morgan Frank montre que, même avant l’arrivée de ChatGPT, les perspectives d’emploi des diplômés dans les secteurs les plus exposés à l’IA étaient déjà défavorables, ce qui indique des pressions structurelles et cycliques plus générales.
Selon cet article, les emplois de début de carrière sont particulièrement menacés, car ils impliquent souvent des tâches routinières et centrées sur les documents, que les grands modèles de langage peuvent exécuter à moindre coût et plus efficacement. Les jeunes professionnels pourraient se voir privés de l’apprentissage pratique traditionnel, surtout si les entreprises automatisent les tâches d’entrée et cessent de prendre en charge une partie de la formation, que d’autres acteurs (universités, formations intensives, autres employeurs) devront alors assumer.
Malgré ces risques, l’auteur avance trois raisons pour lesquelles les entreprises devraient résister à la tentation de couper dans les postes d’entrée. Premièrement, les effets à long terme de l’IA sur le travail demeurent incertains. Deuxièmement, l’élimination des voies d’accès à l’emploi entraînera, plus tard, une pénurie de compétences et potentiellement de relève. Troisièmement, les plus jeunes sont généralement plus à l’aise avec les outils d’IA et moins contraints par les pratiques héritées, ce qui en fait des actrices et acteurs précieux de l’adaptation organisationnelle.
Des statistiques d’OpenAI montrent que les personnes âgées de 18 à 29 ans sont plus de deux fois plus susceptibles d’utiliser ChatGPT au travail que celles de plus de 50 ans. Cela renforce l’idée que la main-d’œuvre débutante peut jouer un rôle crucial dans la diffusion des compétences en intelligence artificielle. Effectivement, la responsable de l’IA chez Indeed, Hannah Calhoon, met en évidence l’importance stratégique de l’embauche au niveau débutant comme catalyseur de transformation organisationnelle.