Avenir du travail
Une ressource sélectionnée de recherches récentes sur les tendances qui façonnent le marché du travail au Canada.
Une étude d’Anthropic propose l’un des premiers portraits empiriques de la façon dont l’IA est utilisée dans l’ensemble des professions.
À partir de plus de quatre millions d’interactions anonymisées avec Claude, les auteurs et autrices rattachent de vraies requêtes d’utilisateurs au répertoire des tâches professionnelles d’O*NET afin de quantifier les types d’activités de travail qui, en pratique, sont soutenues ou automatisées par l’IA. L’analyse couvre quelque 20 000 tâches professionnelles et dresse un portrait détaillé de la présence actuelle de l’IA dans le travail faisant appel aux capacités cognitives.
Les résultats montrent que l’usage de l’IA est fortement concentré, plutôt qu’uniformément réparti. Près de la moitié des cas observés concernent des tâches de développement logiciel et de rédaction, et l’étude ne relève qu’une adoption limitée dans les rôles qui exigent des manipulations physiques ou un travail relationnel direct. Environ le tiers des professions présentent un recours à l’IA dans au moins le quart de leurs tâches, tandis qu’une faible minorité affiche une adoption quasi généralisée. Ce schéma appuie l’idée que l’IA s’insère dans l’économie par des canaux ciblés où son utilisation est intensive, plutôt que d’entraîner un remplacement généralisé des professions.
L’étude montre aussi que l’exposition à l’IA atteint un sommet dans les professions de revenu moyen à élevé qui reposent sur des compétences analytiques et communicationnelles. Il s’agit de tâches pour lesquelles les modèles de langage sont particulièrement performants et où la frontière entre automatisation et collaboration humaine demeure mouvante.
Environ 57 % des usages observés correspondent à un soutien aux tâches plutôt qu’à leur automatisation complète, ce qui donne à penser que les travailleuses et travailleurs intègrent l’IA comme un outil complémentaire plutôt qu’ils n’en sont remplacés. Dans cette optique, le rôle économique de l’IA est surtout additif : elle accélère des formes précises de travail cognitif au lieu de les faire disparaître.
Pour les analystes du marché du travail au Canada, ces résultats soulignent la nécessité de suivre l’influence de l’IA à l’échelle des tâches plutôt qu’en se limitant aux effectifs par profession. Mesurer ces changements suppose l’accès à de nouvelles infrastructures de données capables de relier l’usage des outils numériques aux cadres de description des tâches professionnelles.
Le principal défi consiste désormais à préparer les travailleuses et travailleurs à collaborer efficacement avec les systèmes d’IA, en développant des compétences adaptatives de collaboration et de supervision humaines qui gardent le rythme des usages réels de la technologie sur le terrain.