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Secteurs à risque : l’incidence de la COVID-19 sur le secteur manufacturier canadien

Rapport de perspectives de l’IMT n° 34

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Table des matières

Principaux constats

  • De février à avril 2020, le secteur manufacturier canadien a perdu plus de 280 000 emplois une chute de 17 % des emplois contre 16 % dans l’ensemble du Canada.
  • Les données de mai et juin de l’Enquête sur la population active (EPA) montrent une reprise par rapport au fort recul du mois d’avril, près de la moitié des emplois ayant été rétablis dans ce secteur. Toutefois, la situation demeure précaire.
  • L’activité économique reprend au Canada, mais partiellement seulement si les entreprises manufacturières n’ont pas la capacité de traiter les commandes en attente et les nouvelles commandes, c’est-à-dire si elles ne peuvent accéder pleinement à leurs chaînes d’approvisionnement et canaux de distribution.
  • Même avant la pandémie, de nombreuses entreprises avaient de la difficulté à traiter les commandes, car les déficits de compétences et l’augmentation des coûts maintenaient les niveaux de production en deçà des capacités. À ceci se sont ajoutés d’autres défis et priorités, notamment pour assurer la sécurité du personnel et de la clientèle et la poursuite des opérations.
  • Les prestataires de services éducatifs et les chercheurs d’emploi doivent avoir accès à de l’information de qualité sur le marché du travail afin de connaître les besoins des employeurs, notamment en matière de compétences. Au fur et à mesure que les entreprises modifient leur processus de production et d’approvisionnement, ces besoins vont également changer.

Introduction

La pandémie de COVID-19 et les mesures prises pour prévenir sa propagation (distanciation sociale, restrictions de voyage, fermeture d'écoles et d'entreprises) ont entraîné des pertes d'emplois et des bouleversements économiques sans précédent partout au Canada. Les données de l’EPA confirment que cette crise sanitaire touche chaque secteur de façon différente. D’autres numéros de Rapport de perspectives de l’IMT traitent des conséquences de la COVID-19 sur les secteurs du tourisme et du pétrole et du gaz.

Le présent Rapport de perspectives de l’IMT porte sur le secteur manufacturier (voir l’encadré 1) qui, avant la pandémie, connaissait déjà une pénurie de main-d’œuvre et des problèmes de contrôle des coûts. Lorsque la crise sanitaire a commencé à perturber les chaînes d’approvisionnement et à ralentir les échanges commerciaux, les pertes d’emplois sans précédent ont semé de nombreux doutes quant à l’avenir. Maintenant que les restrictions sont graduellement levées et que l’économie reprend, les entreprises manufacturières ont besoin d’information de qualité sur le marché du travail (IMT) pour élaborer des plans et des processus de relance, notamment en ce qui a trait aux ressources disponibles et au recrutement d’une main-d’œuvre compétente. L’IMT aidera aussi le secteur à relever les défis qui se posaient avant la crise, et qui sont toujours présents.

Encadré 1 : Le secteur manufacturier canadien

Le secteur manufacturier, qui comprend une grande variété d'industries telles que l'alimentation, l'habillement et la fabrication d'équipements pour n'en citer que quelques-unes, est un élément clé de la production intérieure et du bien-être économique général. Au Canada, le secteur manufacturier fournit des emplois à plus de 1,7 million de personnes (9 % de la main-d'œuvre canadienne). Il représente plus de 10 % du PIB du Canada et 68 % de toutes les exportations de marchandises du pays.

Le secteur manufacturier et la COVID-19

En février 2020, 1 740 000 de Canadiens travaillaient dans le secteur manufacturier. En avril 2020, le nombre d’emplois s’était effondré pour passer à 1 444 000, 285 800 emplois ayant été perdus (voir la figure 1). Cela représente une baisse de 17 % de l'emploi en deux mois environ, contre une baisse de 16 % sur trois mois à l'échelle du Canada.

Ces pertes d'emplois sont préoccupantes, notamment celles qui sont liées aux stocks. En raison des interruptions de la chaîne d'approvisionnement mondiale, de nombreuses industries ont éprouvé des difficultés à accumuler les stocks de matières premières dont elles avaient besoin pour répondre à la demande de leur clientèle. En cette période de relance économique et d’augmentation de la demande, les firmes qui ne peuvent répondre à l’éventuelle avalanche de commandes pourraient bien ne pas rester rentables. De même, les entreprises enregistrant de forts volumes d’exportation pourraient avoir de la difficulté à livrer les marchandises à leurs clients en raison des restrictions internationales.

Figure 1: De février à avril 2020, le secteur manufacturier a perdu 285 814 emplois; en mai et juin, 133 000 emplois ont été rétablis.

Niveaux de l’emploi dans le secteur manufacturier et au Canada de janvier 2016 à juin 2020.

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Difficulté à répondre à la demande avant la COVID-19

Les entreprises qui tentent de répondre à la demande de leur clientèle et de livrer les commandes pendant la reprise économique se heurtent à deux difficultés : les déficits de compétences et les capacités de production limitées. Le secteur devait déjà composer avec ces problèmes avant la pandémie.

Au printemps 2020, Excellence in Manufacturing Consortium (EMC) — le plus important regroupement sectoriel du Canada — a effectué une enquête auprès de 769 cadres supérieurs du secteur manufacturier. Avant la pandémie de COVID-19, les déficits de compétences sont apparus comme la principale inquiétude de ces entreprises (voir la figure 2). Les déficits de compétences peuvent faire augmenter les coûts, freiner la productivité et miner la compétitivité à l’échelle mondiale. Elles sont aussi difficiles à quantifier en s’appuyant seulement sur les statistiques nationales.

Dans l'ensemble, en mai 2020, la production manufacturière a été freinée de plus de 20 % en raison du manque de candidats qualifiés, ce qui représente 98,4 milliards de dollars de commandes non exécutées. Les fabricants se sont vus obligés de refuser de nouvelles commandes, car ils n’étaient pas en mesure de les remplir.

Outre les déficits de compétences et les contraintes de productivité qui s’ensuivent, les employeurs interrogés dans le cadre de l'enquête d'EMC ont également souligné que, avant la pandémie, le contrôle des coûts — tels que la rémunération, l'énergie et les matières premières — et les technologies de fabrication représentaient deux autres problèmes majeurs pour le secteur.

Figure 2 : Les déficits de compétences représentaient le problème le plus important des cadres d’usines en 2020

Les effets plus profonds de la COVID-19

Étant donné les problèmes qui se posaient aux manufacturiers canadiens avant la crise sanitaire mondiale, il est essentiel d’avoir une meilleure idée de l'incidence de la pandémie sur le secteur. Pour ce faire, il faut distinguer les effets propres à la COVID-19 des effets de la COVID-19 sur les difficultés qui étaient déjà présentes dans le secteur avant la pandémie.

Dans une autre étude réalisée par EMC pendant la pandémie, 602 entreprises manufacturières ont été invitées à indiquer ce qui les préoccupait le plus dans l’immédiat. Les résultats montrent que la COVID-19 a suscité son lot de problèmes.

Le plus urgent était de veiller à la sécurité et la sûreté des effectifs, des cadres et des clients. Les entreprises étaient fortement ou extrêmement préoccupées par ce problème. Elles étaient ensuite préoccupées par leurs capacités à soutenir leurs activités et maintenir leurs chaînes d’approvisionnement, ainsi que par leurs capacités de production futures.

Toutefois, ces nouveaux enjeux n’ont pas supplanté ceux qui prévalaient avant la COVID‑19. Ces mêmes entreprises manufacturières ont également déclaré que les déficits de compétences, les postes vacants et les problèmes connexes de ressources humaines figuraient au nombre de leurs grandes priorités, même si ces questions n’étaient plus en tête de liste pour l’instant. Maintenant que l’activité économique reprend, les plans de relance doivent aussi tenir compte des difficultés qui se posaient avant la COVID.

Vers la reprise

Avec la levée des restrictions, l’emploi commence à rebondir dans le secteur manufacturier. En mai, 1 520 200 emplois avaient été rétablis et 1 591 000 en juin. Les variations mensuelles relatives de l'emploi dans l'industrie manufacturière sont présentées par région dans la figure 3. De mars à avril, c’est le Québec qui a enregistré le plus grand nombre de pertes d’emplois, avec une chute de 22,5 %. En revanche, la Colombie-Britannique a connu la plus faible baisse.

Figure 3 : Le Québec a subi la plus forte baisse de l'emploi en avril 2020, mais a également connu le plus grand rebondissement en mai.

Variation mensuelle en pourcentage de l'emploi total dans le secteur manufacturier.

figure 3

Ces tendances pourraient s'expliquer en partie par la concentration unique de l'emploi manufacturier dans chaque région. Par exemple, le Québec offre depuis longtemps des incitations fiscales aux constructeurs du secteur aérospatial. Il continue d’héberger les bases opérationnelles de Bombardier, l’entreprise la plus importante du Canada dans le secteur aérospatial, de même que Pratt & Whitney Canada et Bell Helicopter Textron Canada. Étant donné les restrictions de voyage imposées pour freiner la propagation du virus, ces baisses plus marquées de l’emploi ne sont pas surprenantes. De même, l’Ontario compte la plus grande concentration de fabricants de plastique, qui dépendent fortement des échanges commerciaux. Là encore, l’interruption des activités économiques du Canada et de ses partenaires commerciaux a considérablement ralenti le commerce et probablement contribué aux baisses d'emploi illustrées à la figure 3.

Les enquêtes de l’EMC montrent également que les répercussions de la COVID n’ont pas été les mêmes dans toutes les industries du secteur manufacturier. Par exemple, dans l'industrie alimentaire et des boissons, les fabricants ont signalé une augmentation de plus de 30 % des ventes aux consommateurs, tandis que leurs ventes commerciales (par exemple, aux restaurants et lieux publics) ont considérablement diminué. Il faudra attendre les chiffres de ventes du deuxième et troisième trimestre pour savoir si la hausse des ventes compensera la baisse.

Bien que la situation reste précaire, les récentes augmentations de l'emploi sont encourageantes. Dans toutes les régions du Canada, l'emploi dans le secteur manufacturier a augmenté en mai (voir figure 3). En juin, l'emploi dans le secteur manufacturier a augmenté au Québec et en Ontario, mais a légèrement diminué dans le reste du Canada. En outre, un peu plus d'un quart (26 %) des entreprises interrogées par EMC ont déclaré qu'elles étaient en train de rappeler des travailleurs mis à pied. La plupart ont déclaré qu'elles reprenaient la production à plein régime. Des entreprises ont également signalé qu'elles profitaient du confinement pour investir dans les compétences et s'engager dans des activités de perfectionnement continu. Comme lors d’autres récessions, ces entreprises devanceront celles qui attendent simplement que le marché revienne à la « normale ».

La clé du succès : de l’IMT locale, granulaire et actuelle

Alors que le secteur manufacturier commence à reconstituer sa main-d'œuvre et à rétablir ses capacités de production, les employeurs et les chercheurs d'emploi auront besoin d'avoir accès à un large éventail d'IMT locale, actuelle et granulaire, en particulier aux données permettant de comprendre les « nouvelles normes » de l’économie de l’après-COVID.

Dans la phase aiguë, les entreprises auront besoin d'information pour les aider à déterminer comment maintenir et développer leur clientèle, réorganiser leurs chaînes d'approvisionnement et assurer le traitement des commandes et la livraison aux clients. Les connaissances acquises grâce aux évaluations en cours — comme les sondages éclair d’EMC, ManufacturingGPS, l’EPA et d’autres outils et ressources en IMT — seront indispensables.

Pour ce qui est de 2021 et après, les déficits de compétences, toujours préoccupants, auront probablement des répercussions sur le rythme de récupération de l’industrie. Il sera essentiel de cerner et de communiquer clairement les besoins du secteur, notamment en matière de compétences professionnelles. Ainsi, les éducateurs, les conseillers en orientation professionnelle et les chercheurs d'emploi comprendront mieux la nature des exigences professionnelles dans ce secteur et pourront mettre au point la formation voulue et investir en conséquence.

À cette fin, le CIMT s'efforce d'améliorer la disponibilité de l’information sur les compétences et les autres exigences professionnelles et d’élargir l’accès à cette information. Par exemple, le CIMT s’est associé à Vicinity Jobs — une grande société canadienne de données et d'analyse — afin de créer un outil en ligne permettant d’analyser les exigences professionnelles recueillies à partir de millions d’offres d’emploi en ligne (disponible ce mois-ci).

En outre, le CIMT collabore avec Emploi et Développement social Canada (EDSC) et Statistique Canada pour lier les exigences des emplois en matière de compétences à la nouvelle Taxonomie des compétences et des capacités grâce au moissonnage du Web et de tables permettant d’établir des correspondances entre le système de classification des professions étatsunien -- Occupational Information Network (O*NET) -- et canadien. Évidemment, il reste encore beaucoup à faire. Le secteur manufacturier et les prestataires de formation devront coopérer de manière continue — l’EMC joue rôle central à ce titre — pour valider ces idées en vue de combler les déficits de compétence dans ce secteur.

The Way ForwardLa voie à suivre

L’interruption des activités économiques en raison de la pandémie de COVID-19 a durement frappé le secteur manufacturier canadien. La baisse de l’emploi a été sans précédent, mais au fur et à mesure que les restrictions sont levées, le secteur commence à manifester des signes de reprise. La pandémie a toutefois suscité de nouvelles inquiétudes et posé de nouveaux défis dans un secteur déjà ébranlé par des capacités de production limitées en raison de déficits de compétences.

Le secteur devra compter sur de l’IMT locale, actuelle et granulaire pour se reconstruire et s’adapter aux nouvelles normes de l’après-COVID. Les entreprises auront notamment besoin d’information pour les aider à 1) maintenir et accroître leur clientèle et leurs ventes; 2) compter sur une chaîne d’approvisionnement stable, 3) se doter de niveaux d’effectifs concurrentiels et d’une main-d’œuvre qualifiée, 4) rétablir des systèmes et des processus de productivité, 5) appliquer des protocoles de santé et sécurité pour rouvrir.

Remerciements

Le présent Rapport de perspectives de l’IMT a été préparé par Excellence in Manufacturing Consortium (Scott McNeil-Smith et Jean-Pierre Giroux) et le personnel du Conseil de l’information sur le marché du travail (Anthony Mantione). Vos commentaires sont les bienvenus. Nous vous invitons à nous faire part de vos observations et opinions sur le sujet en nous écrivant à info@lmic-cimt.ca.

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