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Sous Pression : Estimation de la demande et de l’offre de main-d’œuvre bilingue au Canada

Rapport de perspectives de l'IMT no 42

Mai 2021

ILLUSTRATION : HANNAH ROSENBERG, CIMT
Accueil > Perspectives de l’IMT > Rapport de perspective de l’IMT 42, Sous Pression : Estimation de la demande et de l’offre de main-d’œuvre bilingue au Canada

Table des matières

Principaux constats

  • Pour déceler les déficits de compétences, il faut mesurer et comparer la demande de compétences non satisfaite avec l’offre de compétences. Les instruments d’enquête actuellement utilisés pour évaluer la demande et l’offre ne sont toutefois pas conçus pour recueillir des données liées aux compétences ou à d’autres exigences de travail comme la langue.

  • L’amélioration des enquêtes existantes, sous réserve d’une évaluation plus approfondie, pourrait accroître notre compréhension de la demande non satisfaite et de l’offre de main-d’œuvre bilingue, mais il est peu probable qu’elle donne des résultats concrets.

  • Les offres d’emploi en ligne, bien que limitées au côté de la demande, constituent une bonne solution de rechange qui présente certains avantages :  

Granularité

Les offres d’emploi en ligne mentionnant le bilinguisme peuvent être facilement regroupées par profession détaillée et par lieu, ainsi que selon d’autres exigences de travail. Par exemple, parmi les six offres d’emploi de directeurs/directrices des ventes corporatives bilingues publiées en décembre 2020 à SaintJohn, les compétences interpersonnelles se classaient au deuxième rang des exigences de travail les plus recherchées.

Actualité

Les données sont recueillies chaque semaine et diffusées chaque mois. Par exemple, en février 2020, il y a eu un peu plus de 13 000 offres d’emploi en ligne dans lesquelles on demandait le bilinguisme.

Caractère local

Les observations au niveau du code CNP à quatre chiffres sont disponibles pour les petites régions géographiques.

Couverture

Les données sur les emplois dans l’administration publique sont prises en compte, ce qui représente une grande partie des offres d’emploi bilingues.

Analyse des tendances

Il est possible de calculer les proportions au sein des professions à quatre chiffres du code CNP au fil du temps. Par exemple, entre 2018 et 2020, la proportion d’offres d’emploi pour les ingénieurs/ingénieures métallurgistes et des matériaux demandant le bilinguisme a augmenté de 14 points de pourcentage.

Niveaux de bilinguisme

Ce rapport documente et analyse les offres d’emploi en ligne pour lesquelles le bilinguisme est une exigence de travail. Des travaux futurs pourraient permettre de démêler ces éléments et de les affiner, par exemple en déterminant si le bilinguisme est une exigence ou un atout. Malgré ces avantages, certaines limites considérables
existent également. En particulier, les données 
des offres d’emploi en ligne ne reflètent que la demande et ne peuvent donc que signaler la possibilité de pénuries et de déficits. Les données tendent également à être biaisées en fonction des professions dans certaines industries
et régions, ainsi que de la taille des entreprises et 
des exigences en matière de scolarité. De plus, il n’est pas possible de savoir dans quelle mesure certaines exigences énoncées dans une offre d’emploi sont vraiment requises pour le poste. Enfin, les données sont exclusives et une certaine connaissance de la façon d’analyser les données est nécessaire.

Introduction

Les déficits de compétences préoccupent depuis longtemps les décideurs1. Le manque de certaines compétences au sein de la population active réduit la compétitivité du Canada et entrave la croissance économique. Même danslecontexte dela hausse récente dutaux de chômage, les employeurs font état de difficultés à trouverde lamain-d’œuvre qualifiée pour pourvoir les postes vacants,notamment ceux qui exigent la capacité de communiquer efficacement dans les deux langues officielles. (Disponible en anglais seulement).  

Le bilinguisme français et anglais constitue une caractéristique fondamentale de l’identité canadienne. L’importance des droits linguistiques est clairement reconnue dans le cadre de la Constitution. Les besoins non satisfaits en matière de main-d’œuvre bilingue peuvent nuire à la capacité d’offrir des services publics essentiels, comme l’éducation et la santé, dans la langue de choix d’une personne. Dans d’autres cas, le manque de ressources bilingues peut freiner les services offerts par les organismes sans but lucratif et limiter notre accès aux marchés étrangers et notre capacité de cultiver d’importants partenariats économiques (voir l’encadré 1). 

1 Le rapport fait suite à une demande du Réseau intergouvernemental sur la francophonie canadienne. En décembre 2020, le Conseil des ministres sur la francophonie canadienne a confié au Réseau le mandat de collaborer avec des organismes spécialisés dans le domaine afin d’explorer les outils nécessaires pour dresser un portrait national des besoins non satisfaits en matière de main-d’œuvre bilingue.

Encadré 1 : Recensement de la population bilinguisme

Selon les données du dernier recensement (2016), plus d’un cinquième de la main-d’œuvre canadienne est bilingue. Ces données concordent avec celle d’une étude récente menée par le Conference Board du Canada au nom de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne

La majeure partie de la main-d’œuvre canadienne bilingue vit au Québec (60 %), mais est aussi très présente au Nouveau-Brunswick, où elle représente 38 % de la population active. Dans les autres provinces, les taux varient entre 4 % et 12 % de la population active. Au total, le recensement de 2016 a dénombré 4,2 millions de travailleuses et de travailleurs bilingues. À l’extérieur du Québec, cette population était de 1,6 million, soit environ 10 % de la main-d’œuvre totale.

Les données du recensement de 2016 indiquent également les secteurs d’activité où la main-d’œuvre bilingue est concentrée. À l’échelle nationale, la main-d’œuvre bilingue semble principalement œuvrer dans le domaine des soins de santé et de l’assistance sociale (10,3 %), du commerce de détail (10,5 %), des services d’enseignement (9,4 %), de l’administration publique (8,8 %) et des services professionnels, scientifiques et techniques (8,1 %).

Les données disponibles limitent toutefois la possibilité de cerner les exigences linguistiques des emplois et la disponibilité de la main-d’œuvre qui peut répondre à ces besoins. Par conséquent, il est difficile d’évaluer l’incidence réelle des déficits de compétences en matière de langues au Canada, ce qui, à son tour, nuit à la mise en œuvre de solutions politiques appropriées. Dans le présent Rapport de perspectives de l’IMT, nous étudions les données actuelles et leur capacité à révéler les déficits potentiels de main-d’œuvre bilingue. Nous examinons ensuite la possibilité de combler ces lacunes au moyen de nouvelles approches.

Commençons par le commencement : pénurie de main-d’œuvre ou déficit de compétences?

Il existe une différence importante entre une pénurie de main-d’œuvre et un déficit de compétences.

Au moment de décider quelles données sont nécessaires pour mettre en évidence les pénuries de main-d’œuvre bilingue, il est important de faire la distinction entre une pénurie de main-d’œuvre (une offre insuffisante de travailleuses et de travailleurs, bilingues ou non) et un déficit de compétences (les travailleuses et travailleurs disponibles ne sont pas bilingues)2. Il s’agit de phénomènes du marché du travail distincts,  qui exigent des solutions et des interventions politiques uniques 

En termes simples, une pénurie de main-d’œuvre existe lorsque le nombre de travailleuses et de travailleurs que les entreprises veulent embaucher est supérieur au nombre de travailleuses et de travailleurs qualifiés3 désireux et capables de travailler au salaire en vigueur. Empiriquement, ces pénuries sont mises en évidence en mesurant et en comparant la demande de main-d’œuvre non satisfaite (habituellement estimée par les postes vacants) à l’offre potentielle de main-d’œuvre (habituellement estimée par le chômage) (Green et al., 2001)Un déficit de compétences, lui, existe lorsque les employeurs sont incapables de trouver de la main-d’œuvre détenant les compétences et les connaissances qu’ils recherchent parmi le bassin de candidatures. On repère un tel déficit en mesurant et en comparant les besoins en matière de compétences d’un poste donné avec les compétences acquises par un candidat. 

La réponse politique devrait varier selon la nature de la pénurie ou du déficit. Par exemple, pour remédier aux pénuries de main-d’œuvre, certains leaders de l’industrie préconisent de redoubler d’efforts pour accroître l’offre de main-d’œuvre par l’immigration et en encourageant la participation au marché du travail, notamment celle des groupes sous-représentés. Pour remédier aux déficits de compétences, d’autres ont préconisé de renforcer le développement des compétences des travailleuses et des travailleurs, en particulier les compétences sociales et émotionnelles. Il est donc important de garder ces distinctions à l’esprit lors de l’examen des pénuries de main-d’œuvre et de déficits de compétences, car les interventions politiques différeront selon les causes sous-jacentes du problème.

2 Bien entendu, l’adéquation globale des compétences entre un chercheur d’emploi et un poste vacant est susceptible d’être déterminée par d’autres facteurs que les exigences linguistiques.

3 Dans ce contexte, le terme « qualifié » fait référence aux exigences minimales en matière de scolarité ou de certification qu’une personne doit posséder pour accéder à la profession. Il n’existe pas de qualifications formelles pour les langues, qui sont classées dans le domaine des compétences.

Les données des enquêtes traditionnelles ne tiennent pas compte des exigences linguistiques

La possibilité de déterminer s’il existe un déficit de compétences réside dans notre capacité à mesurer et à comparer la demande de compétences non satisfaite avec l’offre de compétences. La demande non satisfaite, généralement mesurée par le nombre de postes vacants, est estimée au moyen de sondages auprès des employeurs. Au Canada, la principale étude utilisée à cette fin est l’Enquête sur les postes vacants et les salaires (EPVS) de Statistique Canada. L’offre potentielle de main-d’œuvre, généralement mesurée en nombre de personnes au chômage, est estimée au moyen de sondages auprès des ménages. Les niveaux de chômage par profession sont basés sur le dernier emploi occupé par une personne. Au Canada, la principale étude utilisée pour mesurer le chômage est l’Enquête sur la population active (EPA), bien que les données sur l’emploi soient également recueillies dans le cadre du Recensement de la population et de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH).

Bien que l’ensemble des sources de données existantes fournissent de l’information sur l’offre et la demande de main-d’œuvre, ces sources n’ont pas été conçues pour recueillir de l’information sur les compétences ou d’autres exigences des emplois (tableau 1). Le recensement est la seule source de données sur l’utilisation des langues. En effet, on demande aux répondants d’indiquer leur connaissance du français et de l’anglais, leur connaissance des langues non officielles, leur langue maternelle, les langues parlées le plus souvent à la maison et les langues utilisées le plus souvent au travail.

Toutefois, l’utilisation du recensement à cette fin comporte certaines limites. D’abord, le simple fait de déclarer utiliser le français et l’anglais au travail ne signifie pas que le poste ou la profession est nécessairement bilingue. Ensuite, le recensement ne renseigne pas non plus directement sur les compétences précises ou les exigences de travail autres que la langue. Les données sont disponibles au niveau de la profession, et les professions peuvent être liées à des ensembles de compétences de manière statique (voir ci-dessous), mais le recensement ne demande pas aux répondants de déclarer leurs compétences. Enfin, le recensement est effectué tous les cinq ans et les données sont publiées environ deux ans plus tard. L’incapacité de déterminer si un poste est vraiment bilingue, l’absence d’autres exigences de travail, la faible fréquence et le décalage important font que les données du recensement ne conviennent pas pour cerner les déficits de main-d’œuvre bilingue. Au mieux, les données du recensement peuvent être utilisées indirectement pour déduire la possibilité d’un déficit de compétences sur une base peu fréquente.

Tableau 1: Mesure des compétences et des langues dans les données des enquêtes traditionnelles
Optique Source de données Les exigences de travail générales (y compris les compétences) sont- elles disponibles? La langue est-elle présentée parmi la liste des exigences de travail?
Offre de main-d’œuvre Enquête sur la population active Non Non
Recensement de la population Non Oui4
Évaluation des compétences (p. ex. PEICA) Oui Non
Demande non satisfaite Enquête sur les postes vacants et les salaires4 Non Non
Sondages axés sur les employeurs (p. ex. Postes à pourvoir de la FCEI) Non Non

 

4 Les personnes interrogées indiquent si elles utilisent une langue au travail, mais cela ne signifie pas que cette langue est requise au travail.

5 Il existe également des enquêtes provinciales de nature semblable, comme l’Alberta Wage and Salary Survey et l’Enquête sur le recrutement, l’emploi et les besoins de formation dans les établissements du Québec (EREFQ) , mais ni l’une ni l’autre ne saisissent de l’information sur les compétences ou d’autres exigences de travail.

L’adaptation et la modification des sources actuelles ne donneront que des résultats limités en matière de bilinguisme

L’une des façons de combler le manque d’information sur les compétences dans les enquêtes actuelles consiste à créer une classification des compétences (c.-à-d. une taxonomie des compétences) et à la rattacher à la classification des professions. C’est ce que fait le système O*NET aux États-Unis. Il s’agit d’une base de données en ligne qui fournit de l’information normalisée sur les caractéristiques des emplois, dont les compétences, et des travailleuses et travailleurs aux États-Unis. Le Canada cherche à créer un système semblable, appelé OaSIS, qui associera à chaque profession divers descripteurs, y compris les compétences incluses dans la taxonomie des compétences et des capacités d’Emploi et Développement social Canada (EDSC) (voir l’encadré 2).

Lorsqu’on utilise une taxonomie des compétences, les compétences recherchées sont celles qui sont associées aux emplois en croissance. L’inconvénient de cette approche découle du fait que les compétences liées à chaque profession sont statiques, c’est-à-dire que pour une profession donnée, elles ne varient pas en fonction de la région, de l’industrie, ni même du temps. Plus fondamentalement, ces systèmes de classification ne tiennent pas compte du bilinguisme à l’heure actuelle.

Encadré 2: Système d’information sur les professions et les compétences (OaSIS)

EDSC est en train de mettre au point un système canadien conçu pour regrouper sous un même toit l’information sur les compétences, les professions et d’autres sources pertinentes d’IMT. Ce système portera le nom de Système d’information sur les professions et les compétences (OaSIS). Pour les compétences et les autres descripteurs d’emploi qualifiés d’importants, une cote de niveau sera évaluée sur une échelle de 1 à 5. OaSIS contribuera à répondre aux besoins d’une base d’utilisateurs diversifiée en présentant de l’information sur le marché du travail et d’autres données sur les professions qui peuvent aider les utilisateurs et utilisatrices à prendre des décisions judicieuses en matière de choix de carrière, de planification des programmes d’études et de conseils à offrir. Une fois achevé, ce système peut servir à éclairer l’analyse des similitudes des professions, l’analyse des tâches liées à l’emploi et l’analyse de la transférabilité des compétences, ainsi qu’à fournir des tendances plus macroéconomiques sur la demande de compétences.

Une autre solution qui pourrait être explorée consiste à ajouter des questions à l’EPVS et à l’EPA afin de saisir les exigences linguistiques des postes vacants et les connaissances linguistiques (et de la langue utilisée au travail), respectivement. En théorie, cela permettrait d’estimer les exigences linguistiques liées à l’offre et à la demande de main-d’œuvre non satisfaite6. Les résultats possibles risquent cependant d’être insuffisants. Premièrement, bien que les deux enquêtes contiennent certaines informations au niveau des professions à quatre chiffres et au niveau infraprovincial, la prévalence et la concentration géographique relativement faibles des populations de langue minoritaire et des postes bilingues vacants limitent considérablement les informations qui pourraient être obtenues sur les déficits de main-d’œuvre bilingue. Deuxièmement, l’EPVS ne mesure pas les postes vacants dans les administrations publiques provinciales, territoriales et fédérales, qui constituent une part considérable des emplois bilingues.

Néanmoins, il pourrait être utile d’examiner si l’ajout de questions de cette nature pourrait contribuer à améliorer notre compréhension générale de la question. Cela est particulièrement pertinent étant donné que l’EPVS a la capacité de recueillir de l’information sur les postes vacants à long terme, c’est-à-dire les postes pour lesquels les efforts de recrutement sont en cours depuis au moins 90 jours, une mesure plus précise de la demande non satisfaite. L’ajustement de l’EPA ou de l’EPVS de cette façon nécessiterait une évaluation plus approfondie des résultats possibles et un examen des questions de faisabilité, notamment en ce qui concerne la taille de l’échantillon et le fardeau de réponse. Par exemple, on pourrait constater qu’il est plus avantageux d’ajouter un supplément périodique plutôt que d’allonger les enquêtes de façon permanente.

6 Il y a d’autres limites à considérer lorsqu’on utilise les postes vacants et le chômage comme mesures de l’offre et de la demande non satisfaites, respectivement. Non seulement des postes vacants sont-ils toujours présents sur le marché du travail, mais lorsqu’ils sont confrontés à des difficultés d’embauche, les employeurs peuvent demander aux employés de prolonger leurs heures de travail ou ils peuvent recruter à l’interne, plutôt que d’afficher un poste vacant. De même, lors de l’estimation de l’offre, il se peut que l’utilisation de la profession antérieure d’une personne ne reflète pas fidèlement la profession pour laquelle elle a été formée ou pour laquelle elle est actuellement à la recherche.

Peut-on faire mieux? Réflexions à partir des données des offres d’emploi en ligne

Une autre solution pour estimer la demande non satisfaite consiste à utiliser les données des offres d’emploi en ligne. Au cours des dernières années, les progrès technologiques ont permis d’exploiter les données des offres d’emploi en ligne pour compléter les statistiques officielles pour l’analyse du marché du travail. En plus du grand volume de données qu’elles fournissent, les offres d’emploi en ligne sont disponibles en temps réel par emplacement détaillé et sont recueillies à partir de sites web accessibles au public, ce qui contribue à améliorer notre accès à de l’information sur le marché du travail (IMT) plus locale, granulaire et actuelle. De plus, ces données comprennent de l’information détaillée sur les compétences et autres exigences de travail, dont la langue, recherchées par les employeurs, et elles ne sont pas définies au niveau de la profession. Les offres d’emploi en ligne répondent donc à bon nombre des limites associées aux autres sources de données dont il a été question précédemment.7

Données en temps réel sur le nombre et la part des offres d’emploi bilingues

Avec les données courantes obtenues de Vicinity Jobs,8 il est possible d’estimer le nombre d’offres d’emploi pour une profession et une région qui mentionnent le bilinguisme comme exigence de travail, selon différents niveaux d’agrégation. On observe, par exemple, que plus de deux millions d’offres d’emploi ont été publiées en ligne en 2020 au Canada (2 038 810). De ce nombre, 110 296 offres d’emploi mentionnaient le bilinguisme comme exigence de travail.

Ces données peuvent être ventilées par province et territoire. En 2020, le Nunavut9 et le Nouveau-Brunswick comptaient la plus grande proportion d’offres d’emploi indiquant le bilinguisme comme exigence de travail par rapport au nombre total d’offres d’emploi dans chaque province (24 % dans les deux cas; voir le tableau 2). Par ailleurs, seulement 1 % des offres d’emploi publiées en ligne en Colombie-Britannique et en Saskatchewan pendant cette période demandaient le bilinguisme.

7 Il y a des mises en garde à faire avant d’associer les postes vacants avec les offres d’emplois en ligne. Pour plus de détails, voir le Rapport de perspectives de l’IMT no 32 et le Rapport de perspectives de l’IMT no 36.

8 Vicinity Jobs est une entreprise canadienne basée à Vancouver qui s’occupe de l’analyse des mégadonnées et des technologies de recherche sur internet. Chaque semaine, des données sont recueillies à partir de milliers de sites web en français et en anglais partout au Canada, ce qui donne environ 200 000 nouvelles offres d’emploi en ligne uniques par mois. Le CIMT a contracté Vicinity Jobs pour obtenir ces données et les rendre disponibles au moyen de  divers outils et rapports destinés au public.

9 Dans la plupart des cas, nous pouvons interpréter le terme « bilinguisme » mentionné dans une offre d’emploi comme signifiant le français et l’anglais. Cependant, ce n’est pas toujours le cas. Pour les offres d’emploi au Nunavut en particulier, le bilinguisme peut ne pas faire strictement référence au français et à l’anglais.

Tableau 2 : Offres d’emploi en ligne mentionnant le bilinguisme comme exigence de travail en 2020, par province et territoire
Province ou territoire Nombre total d’offres d’emploi Nombre d’offres d’emploi mentionnant le bilinguisme Part des offres d’emploi mentionnant le bilinguisme
Nunavut 992 236 24 %
Nouveau-Brunswick 36 651 8 692 24 %
Québec 589 438 95 420 16 %
Ontario 638 047 45 342 7 %
Manitoba 39 384 2 645 7 %
Île-du-Prince-Édouard 10 076 524 5 %
Yukon 1 726 85 5 %
Nouvelle-Écosse 51 837 2 180 4 %
Territoires du Nord-Ouest 2 838 115 4 %
Terre-Neuve-et-Labrador 15 980 637 4 %
Alberta 211 969 4 220 2 %
Colombie-Britannique 371 106 4 634 1 %
Saskatchewan 68 354 827 1 %

Analyse des tendances au fil du temps – malgré un historique plutôt court

Le tableau 3 présente les dix professions pour lesquelles l’augmentation totale des offres d’emploi exigeant le bilinguisme est la plus forte de 2018 à 202010. Parmi elles, les techniciens/techniciennes de laboratoire médical et assistants/assistantes en pathologie figurent en tête de liste. En 2020, il y a eu 424 offres d’emploi de techniciens/techniciennes de laboratoire médical et d’assistants/assistantes en pathologie mentionnant le bilinguisme comme exigence. En 2018, seules 168 offres d’emploi demandaient le bilinguisme, ce qui représente une augmentation absolue de 256 offres d’emploi.

10 Il est important de tenir compte de la courte période et des effets de la pandémie de COVID-19 sur les offres d’emploi en 2020 lors de l’interprétation de ces données.

Tableau 3 : Plus forte augmentation des offres d’emploi demandant le bilinguisme, 2020
Profession Nombre d’offres d’emploi demandant le bilinguisme en 2020 Variation du nombre d’offres d’emploi demandant le bilinguisme entre 2018 et 2020
3212 – Techniciens/techniciennes de laboratoire médical et assistants/assistantes en pathologie 424 +256
7514 – Chauffeurs-livreurs/chauffeuses-livreuses – services de livraison et de messagerie 1 539 +245
4411 – Gardiens/gardiens d’enfants en milieu familial 592 +174
3411 – Assistants/assistantes dentaires 394 +132
1513 – Messagers/messagères et distributeurs/distributrices porte-à-porte 187 +97
3211 – Technologues de laboratoires médicaux 167 +83
4012 – Assistants/assistantes d’enseignement et de recherche au niveau postsecondaire 475 +79
6331 – Bouchers/bouchères, coupeurs/coupeuses de viande et poissonniers/poissonnières – commerce de gros et de détail 146 +69
9421 – Opérateurs/opératrices d’installations de traitement des produits chimiques 85 +63
4152 – Travailleurs sociaux/travailleuses sociales 544 +61

Si l’on considère les changements les plus importants dans les offres d’emploi bilingues entre 2018 et 2020 par rapport au nombre total d’offres d’emploi dans chaque profession, les professions associées aux casinos ont connu la plus forte croissance, soit une différence de 54 points de pourcentage (voir tableau 4).

Tableau 4 : Augmentation de la part des offres d’emploi où le bilinguisme est une exigence de travail, de 2018 à 2020
Profession Nombre d’offres d’emploi faisant état du bilinguisme comme exigence de travail en 2020 Évolution de la part des offres d’emploi bilingues entre 2018 et 2020 (points de pourcentage)
6533 — Personnel préposé au jeu dans les casinos 30 +54
9447 — Contrôleurs/contrôleuses et trieurs/trieuses dans la fabrication de produits textiles, de tissus, de fourrure et de cuir 61 +34
9212 — Surveillants/surveillantes dans le raffinage du pétrole, dans le traitement du gaz et des produits chimiques et dans les services d’utilité publique 27 +14
2224 — Techniciens/techniciennes du milieu naturel et de la pêche 31 +14
2148 — Autres ingénieurs/ingénieures, n.c.a. 27 +13
2142 — Ingénieurs/ingénieures métallurgistes et des matériaux 30 +12
7534 — Agents/agentes de piste dans le transport aérien 33 +12
9463 — Ouvriers/ouvrières dans les usines de transformation du poisson et de fruits de mer 92 +11
2153 — Urbanistes et planificateurs/planificatrices de l’utilisation des sols 42 +10
3211 — Technologues de laboratoires médicaux 167 +9

 

L’un des principaux avantages de l’utilisation des données des offres d’emploi en ligne est la possibilité d’analyser les exigences de travail à un niveau plus local. Par exemple, on peut relever le nombre d’offres d’emploi mentionnant le bilinguisme à Ottawa en décembre 2020 (727) pour déterminer que le plus grand nombre (34) concernait les « Autres préposés/autres préposées aux services d’information et aux services à la clientèle » (voir le tableau 5).

Tableau 5 : La question du bilinguisme par rapport à d’autres exigences de travail, sélection des données pour décembre 2020
Lieu Principales professions pour lesquelles les offres d’emploi mentionnaient le bilinguisme Nombre d’offres d’emploi demandant le bilinguisme (variation par rapport au mois précédent) Les deux autres principales exigences de travail (par fréquence)
Ottawa 6552 – Autres préposés/autres préposées aux services d’information et aux services à la clientèle 34 (+9) Service à la clientèle

Compétences en communication

Edmonton 6421 – Vendeurs/vendeuses – commerce de détail 5 (+0) Service à la clientèle

Ventes

Saint John 0601 – Directeurs/directrices des ventes corporatives 6 (+5) Ventes

Compétences interpersonnelles

 

Autres niveaux de précision possibles

Si cette approche présente de nombreux avantages, elle comporte également certaines limites. Premièrement, les données des offres d’emploi en ligne ne fournissent des estimations que pour la demande non satisfaite. Sans une mesure équivalente de l’offre, il est difficile de conclure définitivement à l’existence d’un déficit. Comme pour la croissance des salaires ou de l’emploi, si la demande de main-d’œuvre bilingue augmente plus rapidement que prévu, il est possible, mais pas certain, que l’offre accuse un manque, ce qui laisse supposer un déficit potentiel.

Deuxièmement, les données actuelles de Vicinity Jobs permettent uniquement de savoir si une offre d’emploi mentionne le bilinguisme comme exigence de travail. Il s’agit d’une association binaire entre une offre d’emploi en ligne et ses exigences. Pour y remédier, le Conseil de l’information sur le marché du travail (CIMT), en collaboration avec son partenaire Vicinity Jobs, pourrait élaborer un indicateur de niveau pour signaler les exigences d’une offre d’emploi en matière de langues officielles (c.-à-d. le français et l’anglais) selon trois niveaux : « requis », « atout », ou « non requis » (voir le tableau 6). À partir de cette information, on pourrait déterminer si un emploi exige le français et l’anglais, seulement le français ou seulement l’anglais. Une offre d’emploi où le français et l’anglais sont tous deux requis peut être interprétée comme étant bilingue, que le bilinguisme soit une exigence de travail déclarée ou non. De plus, on pourrait relever des offres d’emploi dans lesquelles une langue est requise et l’autre est considérée comme un atout, ce qui, dans certains cas, pourrait être une définition plus informative du bilinguisme comme exigence.

L’inclusion de niveaux d’exigence propres aux langues officielles permettra une plus grande précision et une meilleure compréhension de leur demande dans tout le Canada. Par exemple, on pourrait déterminer la part des postes de monteurs/monteuses et contrôleurs/contrôleuses de matériel mécanique en Ontario où le français et l’anglais sont tous deux requis par rapport aux postes où le français est un atout mais n’est pas requis. Ou encore, on pourrait calculer la part des offres d’emploi de vendeurs/vendeuses de commerce de détail au Nouveau-Brunswick où seul le français est exigé. Ce niveau de détail plus élevé permettra de mieux cerner les éventuels déficits de main-d’œuvre bilingue.

Tableau 6 : Exemples de possibilités de données
No du poste CNP Lieu Exigences de travail Anglais Français
123456 Plombier/plombière Montréal (QC) Bilinguisme Requis Requis
123456 Plombier/plombière Montréal (QC) Communication orale Requis Requis
987654 Ingénieur/ingénieure en logiciel Calgary (AB) Leadership Requis Atout
987654 Ingénieur/ingénieure en logiciel Calgary (AB) SQL Requis Atout

 

Prévoir les futurs déficits de compétences de main-d’œuvre bilingue

Il est utile de mettre en lumière les déficits actuels, mais l’élaboration et la mise en œuvre de solutions prennent du temps. Par conséquent, si nous pouvons prévoir la probabilité qu’un déficit se produise à l’avenir, des mesures appropriées peuvent être prises pour l’atténuer ou le prévenir. En général, il existe trois grandes approches pour prévoir la demande (et non l’offre) de compétences et d’autres exigences des emplois, et une quatrième possibilité qui constitue un hybride des trois. La première approche, la plus courante, consiste à prévoir le niveau d’emploi de professions données (ce qu’on appelle les perspectives professionnelles) et à les relier aux profils de compétences des professions (p. ex. : O*NET, OaSIS). Cette approche tire parti des données existantes sur le niveau d’emploi (p. ex. celles de l’EPA) et applique l’une des techniques économétriques standard (p. ex. : ARIMA, modèles structurels macroéconomiques). Une fois générées, les prévisions sont liées à l’ensemble fixe de compétences associées à chaque profession. Par conséquent, la composition des compétences de chaque profession est constante dans le temps. Enfin, comme on l’a vu précédemment, la langue ne fait pas partie des compétences actuellement disponibles dans la description des profils professionnels, ce qui rend cette approche inadaptée.

La deuxième approche s’appuie sur l’avis d’experts pour déterminer la trajectoire future des compétences ou des professions clés, qui peut ensuite servir à prédire la trajectoire d’un éventail plus large de compétences ou de professions. Le principal inconvénient de cette approche est que la qualité des prévisions dépend de l’avis des experts. De plus, les méthodes habituelles se concentrent sur un sous-ensemble de déterminants des compétences, comme l’automatisation, qui n’incluent pas la langue. Elle suppose également que les compétences sont liées de façon statique à chaque profession.

La troisième approche repose sur la prévision des besoins futurs en matière de compétences à l’aide des offres d’emploi en ligne. Les prévisions économétriques traditionnelles peuvent être appliquées directement aux exigences de travail observées. Ainsi, on pourrait par exemple prévoir si la demande de bilinguisme dans les professions du service à la clientèle augmentera en fonction des données historiques. On pourrait également appliquer des techniques d’apprentissage automatique pour prévoir la future composition des compétences. Toutefois, les données des offres d’emploi en ligne n’ont pas encore été exploitées pour établir des prévisions solides en matière de compétences, en grande partie à cause de plusieurs limites importantes des données. Certaines de ces faiblesses pourraient être palliées, mais  des recherches et des réflexions supplémentaires sont encore nécessaires pour établir les modalités précises de ces corrections.

La voie à suivre

Le manque de main-d’œuvre bilingue adéquatement qualifiée au Canada pourrait avoir d’importantes répercussions sociales et économiques. Cela empêche non seulement les locuteurs de langue minoritaire d’exercer leur droit d’accès aux services dans la langue de leur choix, mais entrave également la productivité en limitant la compétitivité. Les limites des données empêchent toutefois de cerner et de mesurer ces déficits avec précision, ce qui nécessite l’évaluation de nouvelles solutions.

Une approche possible consisterait à inclure des questions dans les enquêtes existantes auprès des employeurs et des ménages afin de recueillir les exigences linguistiques des postes vacants et les connaissances linguistiques de la main-d’œuvre. Tandis qu’ils nécessitent une taille d’échantillon et un fardeau de réponse plus importants, ces ajouts sont peu susceptibles d’améliorer grandement notre capacité à comprendre l’offre et la demande de travailleuses et de travailleurs bilingues.

Les offres d’emploi en ligne peuvent offrir une solution de rechange solide, quoique limitée. Ces données présentent de nombreux avantages, notamment les suivants : 1) actualité : les données sont en temps quasi réel; 2) caractère local : les observations sont disponibles pour les petites zones géographiques; et 3) granularité : des catégories détaillées permettent de regrouper les données, comme la profession, le lieu et d’autres exigences de travail. En effet, outre la langue, de nombreuses compétences et autres exigences de travail peuvent également être évaluées. De plus, les offres d’emploi en ligne pourraient être analysées de manière à fournir plus de détails sur le caractère obligatoire ou facultatif du bilinguisme, et ces offres pourraient éventuellement servir à prévoir la demande de compétences à l’aide de techniques économétriques standard.

Enfin, il est important de garder à l’esprit que les offres d’emploi en ligne ne représentent qu’une mesure de la demande et ne peuvent donc que signaler la possibilité de pénuries et de déficits. En dépit de ces limites, les données des offres d’emploi en ligne pourraient contribuer à combler le manque d’information nécessaire pour mieux comprendre l’évolution actuelle et future de la main-d’œuvre liée à la demande de travailleuses et de travailleurs bilingues au Canada.

Remerciements

Ce numéro de Perspectives de l’IMT a été préparé par Anthony Mantione du CIMT. Nous tenons à souligner la précieuse contribution de Julie L’Allier, Sami Bibi, Marc Delisle et Ingrid Ledrou (Emploi et Développement social Canada), celle de Steven Wald, Ray Gormley et Helen Cranley (ministère du Travail, de la Formation et du Développement des compétences de l’Ontario), celle de Vincent Dale (Statistique Canada), celle de Jean-Pierre Voyer (GCPI) et celle de Sylvie Painchaud (CMFC).

Pour obtenir de plus amples renseignements sur ce numéro de Perspectives de l’IMT ou d’autres activités du CIMT, veuillez communiquer avec Anthony Mantione, économiste principal, à anthony.mantione@lmic-cimt.ca ou Tony Bonen, directeur de la recherche, des données et de l’analytique, à tony.bonen@lmic-cimt.ca.

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