Avenir du travail
Une ressource sélectionnée de recherches récentes sur les tendances qui façonnent le marché du travail au Canada.
Cette étude exhaustive, qui examine les dynamiques sur le marché du travail italien entre 1992 et 2020, révèle que les effets des politiques environnementales sur l’emploi diffèrent nettement selon le niveau de compétence.
L’indice de rigueur des politiques environnementales (Environmental Policy Stringency Index, EPS) est une mesure composite développée par l’OCDE qui attribue aux pays un score sur une échelle de zéro à six, où zéro correspond à des politiques environnementales les moins strictes et six, aux plus strictes. L’indice regroupe treize instruments de politique environnementale répartis en trois catégories :
- Politiques fondées sur le marché (taxes et certificats) :
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- Certificats de CO₂, certificats d’énergie renouvelable et taxes sur le CO₂, les NOx, les SOx et le diesel
- Politiques non fondées sur le marché (normes de performance) :
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- Valeurs limites d’émission pour les NOx, les SOx et les particules, ainsi que la teneur en soufre du diesel
- Soutien technologique :
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- Dépenses en recherche et développement et soutien à l’adoption de sources d’énergie renouvelable (solaire et éolien)
Chaque composante est pondérée également pour établir le score composite. Le score EPS de l’Italie s’établissait à environ 4,0 en 2020, contre 1,3 en 1992.
En s’appuyant sur une nouvelle méthode statistique appelée modèle dynamique autorégressif à retards échelonnés (dynamic autoregressive distributed lag, DYARDL), l’étude montre qu’une hausse de 1 % de la rigueur des politiques environnementales réduit, à long terme, la demande de main-d’œuvre peu qualifiée de 0,66 % et augmente la demande de main-d’œuvre hautement qualifiée de 0,12 %.
La transition vers les énergies vertes produit des effets encore plus marqués. À long terme, une hausse de 1 % de l’adoption des énergies renouvelables réduit la demande de travailleuses et travailleurs peu qualifiés de 0,37 % et augmente la demande de travailleuses et travailleurs hautement qualifiés de 0,85 %, soit un écart d’ampleur presque sept fois plus élevé. Ces résultats mettent en lumière le déplacement de la main-d’œuvre dans les secteurs traditionnels à forte intensité de carbone. Ce phénomène a particulièrement touché les 6,8 millions de travailleuses et travailleurs peu qualifiés en Italie, qui représentent environ 28 % de la population active.
De 1992 à 2020, la capacité de production d’énergie renouvelable de l’Italie a triplé, passant de 8 000 à 26 000 kilotonnes d’équivalent pétrole (KTOE), sous l’effet de tarifications et de mesures incitatives visant des projets solaires, éoliens et hydroélectriques. Si cette transformation a contribué à faire progresser les objectifs climatiques, elle a aussi entraîné d’importantes perturbations sur le marché du travail. Sur la période étudiée, le score de l’indice EPS est passé de près de zéro à six (niveau maximal de rigueur), ce qui reflète la volonté marquée de l’Italie d’assurer la conformité aux exigences environnementales.
La transformation structurelle découlant du Pacte vert pour l’Europe et du Plan national sur l’énergie et le climat (2025) de l’Italie, qui vise une part de 39,4 % d’énergies renouvelables d’ici 2030, accentue ces défis. Les régions du Sud, où le chômage des personnes peu qualifiées est déjà concentré et où l’accès aux possibilités de formation est limité, sont particulièrement vulnérables. La population en âge de travailler devrait reculer de 34 % entre 2023 et 2060 ; le vieillissement rapide de la population accentue encore davantage le problème. De plus, la dépendance de l’Italie aux importations d’énergie, qui a atteint 74,8 % en 2023, expose la main-d’œuvre à la volatilité des prix sur les marchés externes.
L’étude examine également l’innovation technologique verte et conclut qu’une hausse de 1 % réduit la demande de main-d’œuvre peu qualifiée de 0,10 %, tout en augmentant la demande de main-d’œuvre hautement qualifiée de 0,26 %. Cela laisse entendre que les avancées technologiques dans les secteurs verts profitent surtout aux travailleuses et travailleurs possédant une expertise spécialisée en génie environnemental, en audit de conformité et en développement d’infrastructures d’énergies renouvelables.
Dans le cadre de la Facilité pour la reprise et la résilience de l’Union européenne, chaque État membre a élaboré un plan national précisant la façon dont il investirait les fonds européens de relance dans des domaines comme l’éducation, les marchés du travail et l’action climatique. Le plan de l’Italie consacre 26,9 milliards d’euros à l’éducation et aux politiques actives du marché du travail, et 39 % de son investissement total de 194,4 milliards d’euros à des objectifs liés au climat.
L’étude souligne la nécessité de mettre en œuvre les interventions clés suivantes :
- Des programmes de formation modulaires et de courte durée, offerts par des instituts techniques et des unités de formation mobiles, en priorisant les travailleuses et travailleurs des secteurs de la construction, de la fabrication et du transport dont les emplois sont les plus à risque en raison de la réglementation environnementale.
- Des ensembles de mesures de transition, dont des bons de reconversion et des dispositifs de protection salariale, afin d’atténuer les chocs d’emploi à court terme.
- Des programmes d’apprentissage « verts » et des certifications fondées sur les compétences intégrées à la formation officielle, axés sur des compétences pratiques en installation énergétique, en audit et en gestion durable des déchets.
- Des investissements ciblés géographiquement dans des pôles de construction durable et des projets d’énergie renouvelable dans les provinces où la main-d’œuvre peu qualifiée est fortement concentrée.
- La mise sur pied d’une Unité nationale de suivi de la main-d’œuvre verte chargée de suivre les tendances de l’emploi et de coordonner les centres régionaux de formation.
L’étude confirme que les effets économiques de la transition verte persistent à court, à moyen et à long terme, ce qui laisse penser à des changements de nature structurelle plutôt que cyclique. Les investissements publics ont des effets positifs pour les deux niveaux de compétence : une hausse de 1 % accroît la demande de main-d’œuvre peu qualifiée de 0,46 % et celle de main-d’œuvre hautement qualifiée de 0,55 %. Cela indique que des dépenses publiques stratégiques peuvent compenser en partie les déplacements de main-d’œuvre liés à la transition.
Sans interventions proactives, l’Italie risque de voir émerger un marché du travail à deux vitesses, ce qui pourrait nuire à la fois à ses objectifs climatiques et à sa cohésion sociale. Le creusement de l’écart entre les niveaux de compétence menace d’accentuer les disparités régionales existantes et pourrait entraîner une instabilité socioéconomique plus large, en particulier à mesure que le déclin des industries traditionnelles s’accélère.