Skip to content

À la recherche de données d’IMT sur les communautés LGBTQ2S+

En tant qu’alliée des communautés LGBTQ2S+, je suis ravie de voir paraître le dernier rapport de la Société de recherche sociale appliquée (SRSA), qui examine les résultats sur le marché du travail des minorités sexuelles et de genre au Canada.

Les données contenues dans ce rapport représentent un premier pas important pour pallier le manque criant d’information sur le marché du travail (IMT) concernant les personnes LGBTQ2S+ au Canada.

Le rapport analyse les différences concernant les caractéristiques sociodémographiques, l’emploi, la santé et le bien-être entre trois groupes de minorités sexuelles – les personnes lesbiennes, gaies et bisexuelles – et les hommes hétérosexuels. Comme le montre la figure 1, il existe un écart de revenus important entre la plupart des minorités sexuelles et les hommes cisgenres hétérosexuels.

D’où proviennent ces données? 

Les données sont issues de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (cycles 2003, 2005, et 2007 à 2018) et des déclarations fiscales (du fichier des familles T1 de 2003 à 2017). Celles-ci nous permettent d’obtenir de l’information de grande qualité sur les revenus annuels des personnes lesbiennes, gaies et bisexuelles au Canada.

En revanche, les données du rapport souffrent de certaines lacunes, dont l’absence d’informations sur les salaires horaires, les heures travaillées et les professions. (Voir les limites du fichier des familles T1 dans notre rapport.)

Jusqu’à tout récemment, l’IMT spécifique aux personnes LGBTQ2S+ faisait cruellement défaut au Canada. Cette situation devrait enfin changer avec la publication des données du recensement de 2021, qui comprendront pour la première fois de l’IMT selon le sexe et l’orientation sexuelle.

L’acronymeLGBTQ2S+ représente une communauté diversifiée, et non une entité homogène 

Comme mentionné plus tôt, la recherche indique que les personnes lesbiennes, gaies ou bisexuelles ont des revenus annuels médians nettement inférieurs à ceux des hommes cisgenres hétérosexuels. Elles subissent en outre d’autres inégalités.

Elles ont par exemple davantage de problèmes de santé globale et mentale (elles vivent davantage de stress et d’insécurité alimentaire), présentent une moins grande satisfaction personnelle et professionnelle et ressentent un moins grand sentiment d’appartenance à la communauté. 

Basée sur plus de 300 000 entrées, la Figure 1 indique que les minorités sexuelles, a fortiori lorsque comparées aux hommes cisgenres hétérosexuels, subissent une forte disparité de revenus.

Les hommes hétérosexuels gagnent généralement le revenu le plus élevé de tous les groupes (55 959 $), suivis des hommes gais (50 822 $), des femmes lesbiennes (44 740 $) et des femmes hétérosexuels ($39,180), tandis que les hommes bisexuels (31 776 $) et les femmes bisexuelles (25 290 $) enregistrent les plus faibles revenus.

Ces écarts subsistent même en tenant compte de la scolarité. Cela dit, après avoir considéré d’autres variables, la différence entre les hommes hétérosexuels et les hommes gais n’est pas statistiquement significative. 

Un élément important qui ressort est que la communauté LGBTQ2S+ ne doit pas être traitée comme une entité homogène.

Ces données montrent que les résultats (revenus et autres) des personnes bisexuelles sont systématiquement plus faibles : les femmes et les hommes bisexuels ne gagnent respectivement que 45 % et 57 % de ce que gagnent les hommes hétérosexuels et 50 % et 63 % de ce que gagnent les hommes gais.

À l’instar de la situation décrite dans « Femmes racialisées : un double désavantage », être femme et bisexuelle peut être un double désavantage pour certaines personnes.  

Figure 1  Revenus selon lorientation sexuelle: les hommes hétérosexuels enregistrent le revenu le plus élevé, tandis que les femmes bisexuelles enregistrent le plus faible

Revenus annuels médians selon l’orientation sexuelle et sexe 

 

figure1_fr

Source - Calculs présentés dans le rapport produit par la Société de recherche sociale appliquée; Statistique Canada, Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes liée au fichier des familles T1.

Quels facteurs expliquent ces inégalités de revenus?

Les principaux déterminants expliquant ces écarts de revenus sont liés à la profession, au secteur dactivité, à la santé mentale et aux heures travaillées. Bien que les données disponibles ne permettent pas détudier en détail les facteurs à lorigine des écarts de revenus, les principales conclusions renforcent l’intérêt d’une approche globale pour s’attaquer aux inégalités.

La voie à suivre 

Le rapport de la SRSA analyse des données de la deuxième phase d’un projet financé par Femmes et Égalité des genres Canada et réalisé en collaboration avec l’Université de Western Ontario, Fierté au travail Canada et le CIMT

L’objectif est de combler les lacunes persistantes dans les données et les connaissances sur le lien entre l’orientation sexuelle et les résultats économiques, sanitaires et sociaux au Canada. Les données de ce projet sont essentielles pour comprendre et combattre les iniquités auxquelles sont confrontées les personnes LGBTQ2S+. Les résultats du recensement de 2021 seront disponibles à la fin de l’année 2022 et, espérons-le, contiendront encore plus de données sur l’orientation sexuelle et l’IMT selon le sexe.

En outre, plus tôt cette année, l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes et Statistique Canada ont ajouté une question à deux volets sur le sexe en vue d’explorer les expériences des personnes appartenant à des minorités sexuelles et de genre.

Enfin, l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés fournit des données sur l’orientation sexuelle et les résultats sur le marché du travail sur un cycle de cinq ans. Le prochain rapport paraîtra en 2023. Bien que ces initiatives marquent un progrès, les chercheurs ont besoin de davantage de données granulaires et à jour sur les minorités sexuelles pour être en mesure de rendre compte de la situation sous tous ses angles. 

Le CIMT s’engage à poursuivre ses efforts pour soutenir l’important travail réalisé dans le cadre du projet de la SRSA et à partager ses conclusions avec la population canadienne. 

Pour plus d’informations, téléchargez les données clés de l'IMT (format Excel) et le rapport de la SRSA. 

Behnoush

Behnoush Amery est économiste principale au CIMT.

Elle est spécialisée en analyse quantitative et réalise des projets liés au travail, tels que l’analyse comparative entre les sexes et les résultats des étudiants sur le marché du travail.

Laissez un commentaire