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Femmes racialisées : un double désavantage

Depuis juillet 2020, l’Enquête sur la population active (EPA) du Canada demande aux répondants d’indiquer s’ils appartiennent à l’un des groupes de minorités visibles, parmi lesquels se trouvent les groupes suivants : Arabe, Noir, Chinois, Philippin, Latino-Américain, Asiatique du Sud-Est et Asiatique du Sud. Avant cette mise à jour, la seule source fiable d’information sur le marché du travail (IMT) concernant les minorités racialisées était le recensement, et le plus récent est celui de 2016.

En tant que minorité visible, je me réjouissais de cette nouvelle qui signifiait que nous aurions enfin de l’IMT plus à jour sur ces groupes de population. Les données accessibles au public se limitent cependant aux échelles nationales et provinciales et nous n’avons accès à aucune donnée infraprovinciale. Malgré ces limites, les changements apportés à l’Enquête sur la population active offrent de nouvelles perspectives importantes sur les résultats sur le marché du travail des minorités visibles.

Selon le recensement de 2016, les personnes appartenant à une minorité visible connaissent un taux de chômage plus élevé que les personnes blanches (ni minorité visible ni autochtone). À l’inverse, elles présentent des taux d’emploi légèrement plus élevés, en partie parce qu’elles ont un niveau d’éducation plus élevé et qu’elles sont beaucoup plus jeunes que les personnes non racialisées.

Les nouvelles données de l’EPA révèlent que peu de choses ont changé depuis 2016. Bien que le taux d’emploi de l’ensemble des groupes de minorités racialisées soit légèrement inférieur à celui des personnes non racialisées (68 % contre 69 %), le taux de chômage, lui, augmente de manière constante – il est actuellement de 9 %, contre 7 % pour les personnes non racialisées, ce qui est identique aux résultats obtenus en 2016, avant la pandémie.

Les femmes arabes affichent le taux d’emploi le plus faible et le taux de chômage le plus élevé

En mars 2021, le taux d’emploi des groupes racialisés était légèrement inférieur à celui des personnes non racialisées, soit 68 % et 69 % respectivement. L’écart est plus important chez les femmes. Les femmes racialisées ont un taux d’emploi plus faible, à 63 %, contre 66 % pour les femmes non racialisées. Les femmes arabes ont le taux d’emploi le plus bas, à 46 %, tandis que les femmes philippines ont le taux le plus élevé, à 79 %. Les hommes racialisés ont toutefois un taux d’emploi légèrement plus élevé que les hommes non racialisés, soit 72 % et 71 % respectivement, les Asiatiques du Sud ayant le taux d’emploi le plus élevé avec 76 %.

En outre, le taux de chômage des groupes racialisés était plus élevé que celui des personnes non racialisées, soit 9 % et 8 % respectivement. Cet écart est encore plus important chez les femmes. Les femmes appartenant à une minorité visible ont, en moyenne, un taux de chômage de 10 %, contre 6 % pour les femmes blanches. Les femmes latino-américaines, sud-asiatiques et arabes ont le taux de chômage le plus élevé, soit environ 13 %, tandis que les femmes philippines ont le taux de chômage le plus bas, soit 2 %. En ce qui concerne les hommes, les Asiatiques du Sud ont le taux de chômage le plus bas, à 7 %, tandis que les Arabes ont le taux le plus élevé, à 12 %.

Tableau 1 : Taux de chômage et d’emploi par groupes ethniques en mars 2021

Groupes ethniques Taux de chômage ​(%) Taux d’emploi​ (%)
Total Hommes Femmes Total Hommes Femmes
Personnes non racialisées et non autochtones 8 9 6 69 71 66
Minorités visibles

(multiples) 

9 9 10 68 72 63
Arab​es 12 12 13 60 71 46
Noir​s 11 11 11 69 71 67
Chinois​ 10 10 10 64 68 61
Philippins 5 8 2 77 74 79
Latino-Américain​s 12 11 13 65 70 60
Asiatiques du Sud 10 7 13 68 76 60
Asiatiques du Sud-Est 10 8 11 63 70 57

Source : CIMT; Statistique Canada

La voie à suivre

L’ajout de renseignements sur les minorités visibles à l’Enquête sur la population active contribue à réduire une lacune importante d’IMT en ce qui a trait aux données actuelles sur le marché du travail des groupes racialisés. Les nouvelles données disponibles viennent étayer les recherches existantes démontrant que les femmes racialisées vivent un double désavantage sur le marché du travail (en raison de leur sexe et de leur appartenance à un groupe des minorités visibles). Ces conclusions préliminaires de l’EPA confirment également la nécessité de mener plus de recherches approfondies sur les obstacles rencontrés par certains groupes racialisés, notamment afin de comprendre pourquoi le taux d’emploi des femmes arabes est considérablement plus faible que celui des autres groupes.

Pour bien comprendre les incidences de la COVID-19 sur les minorités racialisées, nous devons disposer d’informations locales et granulaires sur le marché du travail, en particulier pour les secteurs et les professions regroupant le plus de personnes des minorités racialisées. Le CIMT continuera d’analyser ces données à mesure qu’elles seront disponibles. Restez à l’affût, dans les mois à venir nous publierons d’autres analyses sur le sujet.

bolanie

Bolanle Alake-Apata est économiste au CIMT. Son travail se concentre sur la recherche d’information sur le marché du travail à l’intention des nouveaux immigrants et des étudiants. 

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