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Secteurs à risque : les répercussions de la COVID-19 sur l’industrie canadienne du pétrole et du gaz

Rapport de perspectives de l’IMT n° 33

Juin 2020

En collaboration avec
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Table des matières

Principaux constats

  • Au cours des dernières années, le secteur canadien du pétrole et du gaz a connu une volatilité et une incertitude marquées. Plusieurs facteurs externes ont influencé ces conditions, comme l’offre et la demande mondiales de pétrole, le manque d’infrastructures de pipelines et les catastrophes naturelles, pour n’en citer que quelques-uns.
  • L’imprévisibilité du secteur cause des risques et des défis uniques qui peuvent mener à des fluctuations rapides des profits et de l’emploi sur des périodes relativement courtes. Avant 2014, par exemple, les prix du pétrole étaient élevés, ce qui rendait l’extraction rentable et entraînait un haut niveau d’emploi. Une période de forte baisse a suivi, à partir du deuxième semestre de 2014 et jusqu’en 2016.
  • Plus récemment, les prix du pétrole ont touché des creux records, déclenchés par une guerre des prix entre l’Arabie saoudite et la Russie et une diminution simultanée de la demande en raison de la pandémie de COVID-19. De février à mai 2020, l’industrie pétrolière et gazière en amont a perdu 8 % de ses emplois.
  • En cette période d’incertitude économique, l’information sur le marché du travail (IMT) est essentielle, particulièrement pour un secteur en pleine mutation structurelle qui fait face au vieillissement de la main-d’œuvre et à l’adoption généralisée de nouvelles
    technologies. L’amélioration de l’IMT peut aider les acteurs de l’industrie à mieux s’adapter à ces nouvelles réalités. Il s’agit notamment d’aider les travailleurs à s’orienter vers de nouvelles perspectives en cernant les compétences requises pour réussir dans un secteur en évolution.

Introduction

La pandémie de COVID-19 et les mesures pour prévenir sa propagation (par exemple, l’éloignement physique, les restrictions de voyage, les fermetures d’écoles et d’entreprises) ont entraîné des pertes d’emplois et des fermetures d’entreprises sans précédent au Canada. Les nouvelles données de l’Enquête sur la population active (EPA) confirment que les conséquences économiques de cette crise sanitaire affectent de manière unique différents secteurs de l’économie.

Ce Rapport de perspectives de l’IMT est consacré à celui du pétrole et du gaz, qui comprend les compagnies d’exploration et de production pétrolière et gazière, dont les sables bitumineux, les services pétroliers et gaziers et les exploitants de pipelines. Cette industrie a été particulièrement touchée par la chute des prix du pétrole en raison du double effet de la réduction de la demande due à la COVID-19 qui coïncide avec une guerre des prix du pétrole entre l’Arabie saoudite et la Russie. Les pertes d’emplois dans le secteur ont été concentrées en Alberta, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique, provinces qui, en 2019, comptaient 87 % des emplois de l’industrie, dont 75 % en Alberta.

Le pétrole et le gaz : un secteur sous pression

L’emploi dans le secteur pétrolier et gazier en amont a chuté de 8 % de février à mai 2020, ce qui correspond à une perte de plus de 13 000 emplois sur une période de trois mois (voir la figure 1). Bien que ce chiffre soit inférieur à la diminution moyenne de 14 % dans tous les secteurs au Canada, ces pertes d’emploi font suite à cinq années difficiles caractérisées par une tendance à la baisse instable mais généralisée de l’emploi total.

Avant la pandémie, l’emploi avait déjà chuté d’environ 23 % entre août 2014 et février 2020 (voir la figure 1). Autrement dit, en moins de cinq ans, près d’un travailleur sur quatre du secteur a perdu son emploi. Puis, avec la mise en œuvre de mesures pour prévenir la propagation de la COVID-19 (restrictions de voyage, consignes de confinement et fermeture des entreprises non essentielles), la situation de l’emploi s’est encore détériorée. La demande de pétrole et de gaz naturel a diminué, ce qui a exacerbé la surabondance préexistante de l’offre et entraîné de nouvelles pertes d’emplois dans le secteur. De plus, le secteur connaît une baisse cyclique de l’emploi chaque printemps, lors de la « débâcle printanière », cette période où le dégel rend la terre boueuse et impropre au forage pétrolier. Au cours de la dernière semaine de mai 2020, il n’y avait que 18 installations de forage actives, comparativement à 88 la même semaine en 2019.

Encadré 1 : Le secteur pétrolier et gazier au Canada

Le Canada est au cinquième rang mondial des producteurs de pétrole et au sixième rang mondial des producteurs de gaz. De 2016 à 2018, le secteur a contribué en moyenne à hauteur de 8 milliards de dollars par an aux revenus du secteur public. En 2019, il a contribué à hauteur de 5,6 % (108 milliards de dollars) au produit intérieur brut du Canada.

En 2017, les dépenses dans le secteur canadien du gaz et du pétrole ont généré 178 000 emplois directs et plus de 350 000 emplois indirects partout au pays, au profit d’industries telles que la construction, les services professionnels, scientifiques et techniques, le secteur manufacturier et le transport.

Les réserves pétrolières prouvées du Canada occupent le troisième rang mondial, et environ 98 % d’entre elles se trouvent dans les sables bitumineux, dont l’extraction est coûteuse. Le coût élevé de cette extraction signifie que lorsque le prix du pétrole baisse, il devient rapidement non rentable de produire et de vendre ce pétrole. Le brut lourd canadien se négocie également au rabais par rapport au brut américain en raison des coûts supplémentaires de transport et de valorisation, ce qui rend les producteurs canadiens plus vulnérables aux fluctuations mondiales des prix.

Figure 1 : Le niveau d’emploi dans le secteur pétrolier et gazier a diminué de 23 % entre août 2014 et février 2020. Entre février et mai 2020, l’emploi a diminué de 8 %. Emplois directs dans le secteur pétrolier et gazier au Canada par sous-secteur :

Extraction de pétrole et de gaz, activités de soutien à l’extraction de pétrole et de gaz et transport par pipeline.

P-33-Fig1

Source : Enquête sur la population active de Statistique Canada et PetroLMI. Les données sont une moyenne mobile de trois mois non désaisonnalisée.

Il est probable que les effets de cette pandémie continueront d’affecter le secteur pétrolier et gazier à long terme. Avec la réouverture de l’économie devrait revenir relativement rapidement la demande d’énergie des entreprises comme celles de l’industrie manufacturière et des transports ainsi que des économies en développement qui passent du charbon au gaz naturel. Toutefois, les voyages de passagers sur de longues distances (avions commerciaux, trains et automobiles) reviendront à leurs niveaux précédents à un rythme plus lent. Les investissements en capital dans l’industrie pourraient également prendre du temps à revenir.

Une industrie habituée à l’incertitude

Bien sûr, les acteurs du secteur connaissent sa volatilité. Comme les autres industries de produits primaires, le secteur pétrolier et gazier fait face à des défis et des risques spécifiques, notamment des fluctuations de prix persistantes, des limites techniques et géologiques, ainsi que les récents efforts du Canada pour réduire sa dépendance aux combustibles fossiles en raison des changements climatiques. Les fortes variations de l’emploi dans ce secteur, relativement à celles du Canada dans son ensemble, reflètent les fluctuations du marché et des affaires découlant de ces enjeux.

De janvier 2012 à février 2020, par exemple, l’emploi dans le secteur pétrolier et gazier a connu une série de pertes ponctuée par des périodes de croissance (voir la figure 1). Avant 2014, les prix du pétrole étaient très élevés, ce qui rendait l’extraction beaucoup plus rentable. La hausse des prix s’est poursuivie, tout comme l’offre de matières premières. Durant cette période, le chômage dans le secteur était faible et les salaires, élevés. Fin 2014, avec le ralentissement de la demande des économies asiatiques, l’augmentation de la production pétrolière américaine et la décision d’autres pays producteurs de pétrole de maintenir leur production, une période de forte baisse qui s’est poursuivie jusqu’en 2016 a commencé. Face à cette offre excédentaire et à la faiblesse des prix, les producteurs et les entreprises de services ont réduit leurs coûts et mis à pied des travailleurs. En janvier 2014, le secteur pétrolier et gazier employait 228 600 travailleurs; en juin 2016, ce chiffre était passé à 175 600.

Pour illustrer la volatilité du marché durant cette période, en 2016, le prix du West Canadian Select, la référence pour le pétrole brut canadien, a diminué de 16 % par rapport à l’exercice précédent. À la suite de ces pertes, en 2017, le prix moyen du Western Canadian  Select  a  augmenté de près de 32 %. En conséquence, l’emploi dans le secteur du pétrole et du gaz a lentement rebondi.

Le chemin de la reprise du secteur

Dans le cadre du Plan d’intervention économique du Canada pour répondre à la COVID-19, le gouvernement fédéral a annoncé des mesures pour « permettre de maintenir et de créer environ 10 000 emplois bien rémunérés dans le secteur énergétique ». Le gouvernement fournira aussi jusqu’à 1,72 milliard de dollars en financement direct aux provinces de l’Alberta, de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique pour l’assainissement des puits de pétrole et de gaz orphelins et inactifs. Il prévoit également 750 millions de dollars pour la création d’un nouveau Fonds de réduction des émissions pour ce secteur. Enfin, dans le cadre de ce plan, le gouvernement élargira l’admissibilité au Programme de crédit aux entreprises. D’abord destiné aux entreprises du secteur énergétique canadien, ce programme est conçu pour soutenir les moyennes entreprises ayant des besoins financiers importants afin de les aider à maintenir leurs activités et à conserver leur personnel.

Même avec ce soutien, le chemin de la reprise s’annonce difficile. Alors que les restrictions s’assouplissent et que les entreprises rouvrent tranquillement leurs portes, on ne sait pas  quand ni dans quelle mesure la demande des consommateurs et les investissements en capital dans le secteur se redresseront. Il faudra du temps avant que les gens reprennent leurs activités comme les déplacements de longue distance au niveau prépandémique, et les effets de la crise sur les comportements des consommateurs pourraient être prolongés. Par exemple, certaines entreprises pourraient décider de passer de façon permanente au télétravail, ce qui pourrait avoir des conséquences sur la demande d’essence. Avec une telle incertitude, il est difficile de prédire ce qui arrivera au secteur pétrolier et gazier à court ou moyen terme. À long terme, on s’attend à une augmentation de la consommation de pétrole et à une croissance de la transition vers l’utilisation de gaz naturel plus propre.

La voie à suivre : l’utilité de l’IMT

L’information sur le marché du travail est essentielle en cette période d’incertitude économique, surtout pour un secteur en pleine mutation structurelle et faisant face au vieillissement de la main-d’œuvre et à l’adoption généralisée de nouvelles technologies. L’IMT est nécessaire pour comprendre ces forces et la façon dont elles interagissent avec les conséquences durables de la COVID-19 sur le secteur pétrolier et gazier. L’IMT aidera le secteur à s’adapter à ces conditions changeantes et nouvelles réalités. En particulier dans les provinces de l’Ouest, certaines villes dépendent principalement de la rentabilité du secteur pétrolier et gazier. Une IMT locale, accessible et fiable permettra aux travailleurs du secteur de comprendre l’évolution des conditions économiques, ce qui les aidera, ainsi que nous tous, à s’y retrouver dans cette période sans précédent.

Remerciements

Ce Rapport de perspectives de l’IMT a été préparé conjointement par PetroLMI (Lisette Cameron, Tamara Gale, Carol Howes et Breanne O’Reilly) et le personnel du CIMT (Anthony Mantione et Zoe Rosenbaum). Vos commentaires sont les bienvenus. Nous vous invitons à nous faire part de vos observations et opinions sur le sujet en nous écrivant à info@lmic-cimt.ca.

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