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Les premiers signes des effets de la COVID-19 sur le marché du travail canadien

L’emploi a chuté de 1,010,700 en mars au Canada – la plus grande chute enregistrée – et le taux de chômage est passé de 5,6 % à 7,8 % depuis février. C’est ce que révèlent les premières statistiques officielles couvrant le début de la crise de la COVID-19 (voir la figure 1), publiées aujourd’hui dans le cadre de l’Enquête sur la population active (EPA). Bien que ces indicateurs préliminaires montrent comment les différents segments du marché du travail sont touchés, il reste encore beaucoup d’inconnues. À mesure qu’on collectera et compilera les données dans les semaines et les mois à venir, un portrait plus complet et plus en profondeur de ce repli économique sans précédent se dégagera. Cela étant, voici quelques-unes des principales tendances observées dans la publication de l’EPA d’aujourd’hui, ainsi que des indications sur le moment où des données supplémentaires seront disponibles.


Figure 1 : Variation mensuelle de l’emploi, Canada
Mars 2020


Chiffres clés

Les pertes d’emplois ont touché de nombreux secteurs, les baisses les plus importantes ayant été enregistrées dans le commerce de gros et de détail (41, 44-45), les services d'hébergement et de restauration (72) et les services d’enseignement (62) (voir la figure 2). Régionalement, les plus fortes contractions du niveau d’emploi total se sont produites en Colombie-Britannique, au Québec et en Ontario, qui ont été parmi les premières provinces à mettre en place des mesures de distanciation sociale et d'autres mesures destinées à prévenir la propagation de la COVID-19 (voir la figure 3). D’une année à l’autre, la Colombie-Britannique, l’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador ont toutefois connu les baisses d’emploi les plus marquées en termes relatifs (baisses de 5,9 %, 5,4 % et de 5,1 %, respectivement). En plus de faire face à la pandémie, l’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador ont souffert de l’effondrement des prix du pétrole causés par la surabondance de l’approvisionnement en provenance de l’Arabie saoudite et de la Russie.


Figure 2 : Emploi selon l’industrie, données mensuelles
Variation de l’emploi, 3 derniers mois (jusqu’à mars 2020)


Figure 3 : Variation mensuelle de l’emploi par province et selon le statut à temps plein ou à temps partiel 
Mars 2020 


La figure 4 montre la variation mensuelle de l’emploi par grand groupe professionnel. Comme prévu, Professions en ventes et services (6) ont été les plus touchées par la fermeture économique, l’emploi dans ces professions ayant diminué de 606 100 par rapport au mois dernier, soit une baisse de 13,3 %, ce qui représente les deux tiers de toutes les pertes d’emploi. En termes relatif, c’est dans l’Arts, culture, sports et loisirs (5) que l’emploi a le plus diminué, soit 16,8 % (ou 90 800) par rapport au mois dernier. Les pertes d’emploi ont été, dans le contexte de cette crise, moins sévères; elles ont été minimes dans le Secteur de la santé (3), diminuant de 49 300 par rapport à février (mais augmentant de 9 700 par rapport à mars 2019).


Figure 4 : Emploi selon la profession, données mensuelles
Croissance de l’emploi, 3 derniers mois (jusqu’à mars 2020)


Dans l’ensemble, les données sur l’emploi indiquent des conséquences importantes sur la vie de millions de Canadiens. Toutefois, comme on l’explique plus bas, ces chiffres sous-estiment l’ampleur des répercussions sur le marché du travail en mars 2020.

D’autres pertes d’emplois à venir : la dernière de mars ne figure pas encore dans les statistiques officielles

L’EPA interroge les répondants sur leur situation sur le marché du travail au cours de la semaine précédente. L’enquête a été menée du 23 au 31 mars, en prenant la semaine du 15 au 21 mars comme période de référence (voir la figure 5). Cela signifie que la publication de l’EPA d’aujourd’hui se concentre sur l’une des semaines les plus importantes de l’après-guerre. À la fin de la semaine de référence, presque toutes les régions avaient mis en place des mesures d’urgence afin de protéger le public, notamment la restriction des heures d’ouverture ou la fermeture complète de milliers d’entreprises non essentielles à travers le pays. Il est important de note que l’EPA classe les répondants comme « employé » s’ils ont travaillé au moins une heure pendant la semaine de référence, ce que signifie que chaque personne ayant perdu son emploi pendant la semaine est néanmoins comptée comme employé.

Même si l’EPA s’est concentrée sur cette semaine critique, il y a lieu de s’attendre à ce que les pertes d’emplois se poursuivent à un rythme sans précédent durant la dernière semaine de mars. Toutefois, les données de l’EPA canadienne devraient refléter plus fidèlement les conséquences de la COVID-19 sur l’emploi que celles des États-Unis. L’EPA des États-Unis (publiée le vendredi 3 avril) a utilisé la semaine de référence du 8 au 14 mars, c’est-à-dire avant que la plupart des mesures n’entrent en vigueur.


Figure 5 : Événements liés à la COVID-19 en mars 2020


Les annonces du gouvernement depuis le début de la pandémie ont fourni des indications préliminaires sur l’ampleur des pertes d’emplois du mois de mars. En effet, plus de deux millions de demandes d’assurance-emploi ont été soumises dans la deuxième moitié de mars. Étant donné que seulement un demi-million de ces demandes ont été déposées avant le 20 mars, au moins un million ont eu lieu après la semaine de référence de l’EPA.

En général, moins de la moitié des chômeurs sont admissibles à l’assurance-emploi, ce qui laisse penser que les pertes d’emplois du mois dernier sont plus importantes que ne l’indiquent les chiffres de l’assurance-emploi. L’élargissement de l’accès à l’assurance-emploi et aux prestations connexes est une fonction clé du soutien offert par la nouvelle Prestation canadienne d’urgence. À partir du 8 avril, les Canadiens pouvaient commencer à faire des demandes de la PCU et plus de 2,2 millions  l’ont fait dans les trois premiers jours suivant le lancement du programme. Tout cela suggère que les pertes d’emplois se sont poursuivies, voire accélérées, au cours de la dernière semaine de mars, ce qui sera pris en compte dans la prochaine publication officielle de l’EPA, le 8 mai.

Ce qui nous attend

Nous avons reçu aujourd’hui un premier aperçu des conséquences de la pandémie de COVID-19 sur le marché du travail. Bien que les données ne reflètent pas encore l’ensemble des effets sur l’emploi, il est clair que des millions de Canadiens ont perdu et continuent de perdre leur emploi et leur revenu. Les décisions que prennent les Canadiens en matière d’emploi, de carrière, de formation et de développement de la main-d’œuvre sont maintenant beaucoup plus difficiles, particulièrement pour les 18 à 24 ans (lien en anglais seulement), parmi lesquels l'emploi a diminué de 13,5 % (et ce chiffre est fortement biaisé vers la jeune moitié du groupe) qui semblent faire partie du groupe démographique le plus durement affecté.

Pour ceux d’entre nous qui suivent les conséquences de la COVID-19 sur l’économie et le marché du travail, la prochaine EPA sera publiée le 8 mai et présentera des chiffres sur l’emploi pour le mois d’avril. Les statistiques officielles de l’assurance-emploi et de la masse salariale pour le mois de mars devraient être publiées respectivement le 21 et le 28 mai. Toutefois, la publication normale de statistiques sur l’assurance-emploi pourrait être retardée, étant donné que Statistique Canada se concentre sur des activités essentielles. Les estimations du PIB pour le premier trimestre de 2020 seront publiées le 29 mai. Ces données nous donneront une meilleure idée de l’ampleur des pertes d’emplois dues à la crise.

Depuis le début de cette pandémie, le CIMT a réorienté ses activités pour mieux réagir à la situation. Nous suivons avec diligence les changements du marché du travail et de l’économie en général, à mesure que les données sont rendues disponibles, et nous travaillons à distance pour nous protéger les uns les autres ainsi que tous les Canadiens. Nous sommes engagés à soutenir la résilience du Canada et la force de notre économie, maintenant et à l’avenir. Ce mandat est plus important et plus exigeant que jamais.

Par ailleurs, nous encourageons tout le monde à suivre les recommandations des autorités de santé locales et à se soutenir mutuellement pendant ces moments difficiles. Soyez prudents, prenez soin de vous et gardez le contact (à distance).

Tony

Tony Bonen est le Directeur de la recherche, des données et de l’analytique du CIMT. Il dirige l’équipe d’économistes du CIMT, dont les sujets d’étude relèvent de tous les domaines, depuis les divers besoins d’information sur le marché du travail jusqu’aux possibles répercussions de l’évolution du monde du travail au Canada.

tony.bonen@lmic-cimt.ca

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