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Les femmes en récession : En quoi la COVID-19 est-elle différente ?

Rapport de perspectives de l’IMT n° 39

Mars 2021

Accueil > Perspectives de l’IMT > Rapport de perspective de l’IMT 39 : Les femmes en récession : En quoi la COVID-19 est-elle différente ?

Table des matières

Principaux constats

  • Au plus fort de la pandémie, le nombre demplois au Canada a chuté de 3millions (-16%) entre février et avril 2020, ce qui a eu des répercussions sans précédent sur lemploi chez les femmes. 
    • Lemploi chez les femmes a diminué de 1,52million au cours de ces deux mois, comparativement à moins de 250000emplois perdus au total lors des trois récessions précédentes. 
    • Les femmes représentent 51% des pertes demploi de février à avril 2020, contre 17% lors des récessions précédentes. 
    • Plus de 70% des pertes demploi chez les femmes au cours de cette période ont eu lieu dans des professions peu rémunérées. 
  • Le nombre d’heures rémunérées des femmes a également été touché au plus fort de la pandémie, car les fermetures décoles ont augmenté la pression quant aux soins et à léducation des enfants, en particulier des plus jeunes: 
    • Parmi les ménages ayant au moins un enfant de moins de 7ans, le nombre moyen dheures rémunérées des femmes a diminué de 26% (de 27heures par semaine en moyenne en février à 20heures par semaine en avril). En comparaison, la baisse est beaucoup plus faible chez les hommes (de 38 heures à 32heures, soit 16 %). 
    • Au cours de cette période de deux mois, le nombre de femmes prenant une semaine complète de congé pour des raisons personnelles ou familiales a augmenté de 24% jusquen avril 2020, contre une augmentation de 3% chez les hommes. 
  • La reprise de lemploi a été instable et particulièrement faible chez les femmes:
    • En janvier, lemploi des femmes reste à 485000 (-5,3%) sous le niveau prépandémique. Chez les hommes, le manque à gagner est de 374000 (-3,7%).
    • Les femmes représentent actuellement 56% du manque à gagner en matière demploi, soit 8points de pourcentage de plus que leur part dans la période prépandémique (48%).
    • Plus de 80% du manque à gagner en matière demploi chez les femmes se situe dans les secteurs de lhébergement et des services de restauration (-227000 ou -35%) et du commerce de détail (-168000 ou -14%). 
    • La majeure partie de ce manque à gagner est concentrée dans les professions à faible revenu, où lemploi des femmes est inférieur de 557700 (-14%) à son niveau davant la crise (lemploi des femmes dans les emplois à revenu élevé est supérieur au niveau prépandémique). Lemploi des hommes à faible revenu a diminué de 339250 (-12%).

Introduction

La pandémie mondiale de COVID-19 a provoqué le plus grand effondrement de lactivité économique de notre époque, notamment la perte sans précédent de trois millions demplois au Canada (-16%) entre février et avril 2020. En réaction au virus, les gouvernements de partout au pays ont imposé diverses mesures de confinement, provoquant des fermetures dentreprises et réduisant les capacités dexploitation. En outre, la crainte de la contagion et le risque de contracter la COVID-19 ont également contribué à réduire considérablement la demande de nombreux services nécessitant une interaction humaine. Les questions de santé publique liées à la pandémie ont entraîné des effets sur la répartition dans différents secteurs et pour diverses catégories de travailleurs. Plus particulièrement, par rapport aux ralentissements précédents, les femmes ont subi une part plus importante des répercussions sur le marché du travail et des conséquences sociales, et elles continuent à faire face à plusieurs difficultés. En janvier 2021, lemploi au Canada ne sest pas encore complètement rétabli, et il reste un manque à gagner de 860000emplois (-4,4%) par rapport au niveau prépandémique. 

Au cours de la première vague de la pandémie, les femmes représentaient 51 % des trois millions d’emplois perdus en mars et avril 2020, soit un peu plus que leur part de l’emploi avant la pandémie (48 %). Depuis lors, la reprise de l’emploi, rapide mais incomplète, a progressé plus lentement pour les femmes que pour les hommes. En conséquence, les femmes représentent désormais 56% de la perte nette demplois entre février 2020 et janvier 2021. Cet écart croissant entre les femmes et les hommes sexplique en partie par le fait que les pertes demploi initiales étaient largement (mais pas uniformément) réparties entre les secteurs, alors que la reprise a été beaucoup plus lente dans les secteurs de services orientés vers la clientèle (par exemple : lhébergement, les restaurants, la vente au détail, etc.), où les femmes sont surreprésentées.  

La répartition entre les secteurs nexplique toutefois pas entièrement l’effet sur lemploi des femmes. Dans lensemble de léconomie, les professions moins bien rémunérées ont également été durement touchées par les pertes demplois; les femmes représentent 58% de ces professions. En janvier 2021, lemploi des femmes à faible revenu reste inférieur de 13,8% (-557000emplois) à son niveau davant la pandémie, contre 11,5% (-339250emplois) pour les hommes. En outre, les charges familiales supplémentaires causées par la fermeture des garderies et des écoles sont largement tombées sur les mères, en particulier celles qui ont de jeunes enfants. 

Un an après le début de la pandémie, les effets de la COVID-19 sur le marché du travail continuent dévoluer. Ce Rapport de perspectives de l’IMT propose une analyse de lun des nombreux aspects uniques de la pandémie: les répercussions sans précédent sur lemploi des femmes. Le rapport donne un aperçu de la pandémie avec une comparaison avec les récessions passées, une présentation des conséquences sur lemploi par secteur (avec un accent sur lemploi des femmes), ainsi quune analyse des pertes demploi par groupe de revenu et de l’effet sur les mères et les pères qui travaillent. 

Effets genrés des dernières récessions

La crise de la COVID-19 est fondamentalement différente des récessions passées

Les conséquences économiques de la COVID-19 présentent plusieurs différences fondamentales par rapport aux récessions passées. Tout dabord, il est question de santé publique plutôt que de fluctuations économiques. Les mesures de confinement obligatoires ordonnées par les gouvernements partout au Canada pour contenir la propagation du nouveau virus mortel ont entraîné la fermeture dentreprises ou la réduction de leur capacité dexploitation. La crainte de la contamination dans la population a également contribué de manière importante à la baisse de la demande de services nécessitant des interactions en personne, comme on peut le constater dans les pays qui nont pas imposé de mesures de confinement strictes (par exemple en Suède). Ensuite, les mesures de confinement nétaient pas limitées aux entreprises; elles ont aussi entraîné la fermeture des garderies et des écoles, ce qui a alourdi la tâche des parents et des tuteurs. Même si les écoles ont réagi à la pandémie en passant à lapprentissage virtuel, la présence des enfants à la maison a tout de même demandé du temps et de lattention aux parents. Enfin, lampleur des répercussions de la pandémie sur le marché du travail est sans précédent. Aux mois de mars et avril 2020, 3millions demplois (16%) ont été perdus, soit plus que lors des trois dernières récessions réunies et en une fraction du temps seulement. 

En raison de ses caractéristiques uniques, la pandémie de COVID-19 a eu plusieurs effets distributifs importants sur les travailleurs et les travailleuses. En fait, pour la première fois, les femmes représentent la majorité des pertes demploi. Les fermetures ont eu des conséquences démesurées sur les emplois du secteur des services, en particulier les emplois moins bien rémunérés nécessitant des interactions en personne avec le public, dans lesquels les femmes sont surreprésentées. De plus, comme nous le verrons plus loin, la charge davoir des enfants à la maison repose principalement sur les épaules des mères. Alors que les femmes cherchaient à remplacer le revenu du ménage perdu en entrant sur le marché du travail lors des récessions passées, dans le cas présent, les femmes travaillent souvent pour remplacer les services normalement fournis par les garderies et les écoles. 

Lampleur des répercussions de la pandémie sur le marché du travail et certaines de ses caractéristiques uniques sont présentées à la figure1, qui montre que les pertes demploi en mars et avril 2020 ont effacé 15années de gains. Dans lensemble, lemploi chez les femmes au Canada a augmenté de près de 1,47million, passant de 7,6millions en janvier 2006 à 9,1millions en février 2020, soit une hausse de 19%. Lemploi chez les hommes a connu une croissance presque équivalente, passant de 8,6millions en 2006 à 10,0millions en février 2020 (17%). Au cours des deux mois suivants, mars et avril 2020, ces 15années de croissance de lemploi ont été effacées, lemploi ayant diminué de 1,52million (pour atteindre 7,5millions) chez les femmes et de 1,46million (pour atteindre 8,6millions) chez les hommes. Autrement dit, bien quelles représentent 48% de la population active, les femmes ont subi 51% des pertes demploi aux mois de mars et avril2020. 

Avec la levée des restrictions gouvernementales, lété 2020 a été marqué par une reprise rapide mais incomplète de lemploi. Fin 2020, la croissance de l’emploi a ralenti et a commencé à sinverser avec la propagation de la deuxième vague et la réimplantation de mesures de confinement. Les données de janvier 2021 indiquent que lemploi chez les femmes reste inférieur de 5,3% à son sommet prépandémique, ce qui représente une baisse de près dun demi-million (-484500emplois) par rapport à février 2020, contre 3,6% (-374000emplois) chez les hommes. L’écart croissant dans la reprise entre les femmes et les hommes reflète le fait que les mesures de la deuxième vague ont touché de manière plus isolée les secteurs des services orientés vers la clientèle (par exemple : lhébergement, les restaurants, la vente au détail, etc.), dans lesquels les femmes sont surreprésentées. Si ces secteurs ont été durement perturbés au printemps 2020, les mesures initiales ont également été plus susceptibles daffecter la construction et la fabrication. 

Figure 1: Niveaux d’emplois chez les hommes et les femmes, janvier 2006 à janvier 2021(Les zones grises désignent les crises économiques.)

Calculs du CIMT ; Statistique Canada, Enquête sur la population active, tableau 14-100-287.'Données désaisonnalisées.' 

Les hommes comptaient pour plus de 80 % des pertes d’emploi lors des récessions précédentes

La tendance de lemploi sur 15 ans illustrée à la figure1 inclut également la crise financière mondiale de 2008-2009. Bien que les proportions soient plus faibles, les pertes demploi sont évidemment beaucoup plus importantes chez les hommes que chez les femmes. En effet, lors de cette récession, les hommes ont représenté plus de 82% de tous les emplois perdus. Cet effet disproportionné sur lemploi des hommes, comme le montre le tableau1, a été la norme lors des récessions précédentes. Bien que chaque récession soit différente, les pertes demploi des hommes reflètent en partie leur surreprésentation dans les secteurs de production de biens (par exemple : la fabrication, la construction, le pétrole et le gaz), qui, exception faite de la pandémie de COVID-19, ont eu tendance à être soumis à des fluctuations plus importantes de la demande de main-dœuvre que les secteurs de services. De plus, les récessions des années 1980 et 1990 se sont déroulées dans un environnement social et économique très différent, dans lequel les femmes représentaient une part beaucoup plus faible de la population active (voir l’encadré1). 

Encadré 1 : La représentation croissante des femmes sur le marché du travail canadien

Les changements réglementaires et lévolution des normes sociales ont entraîné une augmentation rapide de la participation des femmes à la population active (cest-à-dire les personnes employées ou au chômage) dans le dernier tiers du 20esiècle. La part des femmes dâge moyen (25à 54ans) dans la population active canadienne est passée dun peu plus de la moitié (52%) en 1976 à plus de 80% en 2002. Depuis lors, le taux dactivité des femmes est resté stable, oscillant autour de 83% ces dernières années. À linverse, le taux dactivité des hommes dâge moyen a lentement diminué, passant de 95% au milieu des années 1970 à 91% ces dernières années. Cela signifie que lécart de participation à la population active est resté stable pendant près de deux décennies, le taux des hommes étant supérieur denviron 8points de pourcentage à celui des femmes.

 

Lors de la crise financière mondiale, les hommes comptaient pour quatre pertes demploi sur cinq. Doctobre 2008 à mai 2009, lemploi chez les hommes a chuté de 3,7% (-335000emplois), tandis que lemploi chez les femmes a diminué de 0,9% (-71200emplois). Aussi, les femmes ont connu une reprise beaucoup plus rapide, leur emploi étant revenu à son niveau davant la récession en janvier 2010. En revanche, lemploi des hommes na repris que 18mois plus tard, en juin 2011 (voir tableau1).

De même, juste avant le début de la récession en avril 1990, les femmes représentaient 44% de lemploi. Entre ce pic et le creux de lemploi en avril 1992, elles ont perdu 38900emplois (-0,67%), tandis que les hommes en ont perdu 371500 (-5,1%). Si lon remonte encore plus loin dans le temps, dans les années qui ont précédé la récession ayant débuté en juin 1981, les femmes représentaient moins de 40% de lemploi. De juin 1981 à octobre 1982, les femmes ont perdu 123500emplois (-2,7%), tandis que les hommes en ont perdu 464900 (-6,9%). 

La pandémie de COVID-19 est singulière, à la fois en raison de lampleur des pertes demploi initiales et parce que, pour la première fois, les femmes ont essuyé la plupart de ces pertes. En mars et avril 2020, les hommes ont perdu 1,46million demplois (-14,6%) et les femmes, 1,52million (-16,8%). Alors qu’elles représentaient près de 48% de lemploi en 2019, les femmes ont subi 51% des pertes demploi. Dans lensemble, au cours des trois dernières récessions combinées, lemploi chez les femmes a diminué de moins de 250000, contre 1,5million au cours de la pandémie.  

Tableau 1 : Au total lors des 3 dernières récessions, l’emploi chez les femmes a diminué de moins de 250 000 , contre 1,5 million au cours de la pandémie

Juillet 1981 à octobre 1982 Mai 1990 à avril 1992 Novembre 2008 à mai 2009 Mars 2020 à avril 2020
Durée 16 mois 24 mois 7 mois 2 mois
Variation de l’emploi Femmes -123 500

(-2,7 %)

-38 900

(-0,67 %)

-71 200

(-0,9 %)

-1,52 million

(-16,8 %)

Hommes -464 900

(-6,9 %)

-371 500

(-5,1 %)

-333 500

(-3,7 %)

-1,46 million

(-14,6 %)

Part des pertes d’emploi Femmes 20,1 % 9,5 % 17,6 % 51,1 %
Part de l’emploi avant la récession Femmes 39,6 % 43,9 % 47,1 % 47,5 %

 

Conséquences sectorielles uniques de la COVID-19

La reprise de l’emploi a joué en faveur des secteurs à prédominance masculine

La tendance à la hausse de l’emploi durant l’été 2020 a ralenti à l’automne, puis a commencé à s’inverser en décembre 2020 et en janvier 2021. Dans une poignée de secteurs nécessitant des interactions en personne avec le public, la reprise s’est arrêtée. En janvier 2021, l’emploi total reste à 858 000 postes (-4,7 %) sous son niveau de février 2020, dont 97 % sont concentrés dans cinq secteurs de l’économie1.

Le tableau 2 montre l’évolution de l’emploi chez les hommes et les femmes dans chacun de ces secteurs entre février 2020 et janvier 2021. Dans les cinq secteurs particulièrement touchés, l’emploi reste au moins 10 % sous le niveau de février 2020. Ces secteurs sont les suivants :


Hébergement et restauration
 


Commerce de détail


Information, culture
et loisirs


Autres
services (sauf les administrations publiques)


Services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien

Ces cinq secteurs ont en commun quils sappuient principalement sur des activités en personne. Si les hommes ont subi de nombreuses pertes demploi dans ces secteurs, dans chaque cas, la baisse relative de lemploi a été plus importante pour les femmes. En fait, non seulement les femmes sont surreprésentées dans ces secteurs, mais elles ont également essuyé une part plus importante des pertes d'emploi nettes dans chacun deux. Plus de 80% des pertes demploi chez les femmes se situent dans les deux premiers secteurs, soit l’hébergement et la restauration et le commerce de détail.

Lemploi a repris dans plusieurs secteurs initialement durement touchés par la pandémie, comme les services immobiliers et services de location et de location à bail, les services d’enseignement et particulièrement les secteurs de la construction et de la fabrication, majoritairement masculins. Par exemple, lemploi dans le secteur de la fabrication est presque entièrement rétabli et, en janvier 2021, il nest plus qu’à 0,3% (-6000emplois) sous son niveau de février 2020. Les hommes ont en fait gagné 9000emplois (+0,7%) dans ce secteur, ce qui signifie que les femmes ont à nouveau subi un pourcentage plus élevé des pertes demploi. 

1 This differs markedly from the spring of 2020 when losses were more widespread, with employment declining in every sector except Finance and Insurance.

Tableau 2 : Variation nette de l’emploi chez les femmes et les hommes, février 2020 à janvier 2021

   Femmes  Hommes 
Total   -485000 (-5,3%)  -374000 (-3,7%) 
Hébergement et restauration  -227000 (-35%)  -144000 (-27%) 
Commerce de détail  -168000 (-14%)  -73000 (-7%) 
Information, culture et loisirs  -56000 (-17%)  -60000 (-15%) 
Autres services (sauf les administrations publiques)  -75000 (-18%)  -7000 (-1,7%) 
Services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien  -46000 (-14%)  -28000 (-7%) 
Ensemble des autres secteurs  +56000 (+0,9%)  -82000 (-1,1%) 

 

Remarque : Les données ne sont pas désaisonnalisées. 

Source: Calculs du CIMT; EPA, tableau 14-100-022. 

Les femmes sont surreprésentées dans les secteurs les plus touchés

Parmi tous les secteurs, aucun na été aussi durement touché que celui de lhébergement et de la restauration. Les restrictions sur la possibilité de manger et boire sur place sont restées en vigueur sous une forme ou une autre dans tout le pays depuis larrivée de la COVID-19 au Canada. Même en labsence de règles limitant les repas en salle, la crainte de la contamination aurait certainement éloigné la plupart des clients. En outre, ce secteur comprend de nombreuses entreprises liées au tourisme, qui repose sur une clientèle nationale et internationale qui doit attendre la réouverture des frontières et d’être à nouveau à l’aise de voyager (voir le Rapport de perspectives de l’IMT30). Entre février et avril 2020, près de la moitié des emplois ont été supprimés dans le secteur de la restauration et de lhébergement, ce qui correspond à une contraction de 583 000emplois (49 %). Les femmes ont perdu 328000emplois au cours de cette période, tandis que les hommes en ont perdu 255000. Les femmes ont donc représenté 56% des pertes demploi au cours de la première vague de COVID-19, ce qui correspond à leur part demploi dans le secteur avant la pandémie (voir la figure2). 

Lemploi a commencé à se rétablir rapidement en hébergement et restauration au cours de lété 2020, car les cas de COVID-19 sont restés peu nombreux et les gens ont pu profiter de repas sur les terrasses. En septembre, lemploi avait atteint 82% de son niveau prépandémique. Cependant, comme le temps sest refroidi et lécole a commencé, les cas de COVID-19 ont rapidement augmenté au cours de lautomne et de lhiver. Les repas en salle sont devenus risqués et, dans certaines régions, des restrictions et des mesures de confinement ont été réintroduites. En janvier 2021, lemploi dans ce secteur avait considérablement diminué, avec 370000postes supprimés, soit une baisse de 31% par rapport à février 2020. Comme pour lemploi en général, le fardeau des pertes demploi dans le secteur de lhébergement et de la restauration a de plus en plus pesé sur les femmes, dont lemploi a diminué de 227000 (-35%), ce qui représente 61% des pertes demploi nettes depuis février2020.  

Les barres grises représentent la part de l'emploi des femmes dans chaque secteur pour 2019 et les cercles rouges représentent la part des pertes d'emplois de pic à creux pour les femmes (variation nette de février à avril 2020). 

Le secteur du commerce de détail a également été sévèrement touché par la COVID-19, avec une baisse de l’emploi de 23% (-506000 emplois) entre février et avril 2020. Ici aussi, lemploi chez les femmes a été touché de manière disproportionnée. Dans un secteur où elles représentaient 52% de la main-d’œuvre, elles ont subi 62% des pertes demploi au printemps 2020. Plus précisément, les femmes ont perdu 314000 emplois (-27 %), tandis que les hommes en ont perdu 193000 (-18%) entre février et avril 2020. Depuis lors, le secteur du commerce de détail a connu une reprise constante. En décembre 2020, lemploi navait diminué que de 1,4% par rapport à février 2020. Cependant, les nouvelles mesures de confinement introduites en décembre 2020 et janvier 2021 ont entraîné la perte de quelque 210000emplois. En janvier 2021, lemploi dans le secteur du commerce de détail était inférieur de 241000 (-11%) à son niveau prépandémique. La plupart de ces pertes sont des emplois féminins, soit 168000 (-14%) depuis février 2020. Les femmes représentent aujourdhui 70% des pertes demploi dans le secteur du commerce de détail. 

Le secteur des autres services (sauf les administrations publiques) comprend les activités qui nécessitent des interactions en personne, comme les soins personnels, la coiffure et les services de blanchissage. Les autres services comprennent également lautomobile, la réparation et lentretien de machines, ce qui inclut davantage dentreprises dites essentielles qui tendent à être à prédominance masculine. Entre février et avril 2020, lemploi dans ce secteur a diminué de 22% au total (-179000emplois). Lemploi chez les femmes a diminué de 26% (-107000 emplois) et celui des hommes, de 19% (-71000emplois), ce qui signifie que les femmes ont représenté 60% des pertes demploi initiales. Depuis, la répartition des pertes demploi sest considérablement déplacée vers les femmes. Alors que lemploi chez les hommes sest presque entièrement redressé, avec une baisse de seulement 6700 (-1,8%) en janvier 2021, celui chez les femmes a diminué de 74500 (-18%). Autrement dit, les femmes représentent désormais 92% de la baisse nette de lemploi dans ce secteur. 

Le secteur de linformation, de la culture et des loisirs comprend des organisations telles que les musées, lédition, lindustrie du cinéma et de la télédiffusion, les télécommunications, les arts du spectacle et les loisirs. Lemploi dans ce secteur a diminué de 24% (-177000emplois) entre février et avril 2020. Les femmes représentent 90000 de ces emplois perdus (-27%), tandis que les hommes en totalisent 87000, une proportion plus faible en termes relatifs (-21%), puisquils représentaient une part plus importante de la main-dœuvre dans ce secteur. En janvier 2021, lemploi dans ce secteur est encore inférieur de 16% (-116000emplois) à son niveau de février2020. 

Le secteur des services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien comprend trois sous-secteurs : (i)gestion de sociétés et dentreprises; (ii)services administratifs et services de soutien (iii)services de gestion des déchets et autres services. Au cours de la première vague de COVID-19, lemploi dans ce secteur a diminué de 12% (-86000emplois). Les femmes représentaient 75% de cette baisse initiale de lemploi, soit le pourcentage le plus élevé des cinq secteurs les plus touchés. Plus précisément, entre février et avril 2020, lemploi chez les femmes a diminué de 64000 (-19%), et chez les hommes, de 21000 (-5%). En janvier 2021, lemploi dans ce secteur était toujours en baisse de 46000 (-14%) chez les femmes et de 28000 (-7%) chez les hommes. Les femmes représentaient désormais 62% des pertes demploi nettes dans ce secteur. 

Bien que la répartition de lemploi chez les hommes et les femmes entre les secteurs puisse en partie expliquer pourquoi les femmes ont pour la première fois subi des pertes d’emploi plus importantes que les hommes, elle ne permet pas de saisir la totalité ni même la majeure partie du phénomène. En effet, dans chacun des cinq secteurs durement touchés dont il est question ici, la part des pertes demploi des femmes est supérieure à leur part de l’emploi avant la pandémie. Pour simplifier, si deux travailleuses sur trois sont des femmes dans un secteur durement touché, il serait raisonnable de supposer que parmi les personnes qui ont perdu leur emploi dans ce secteur, deux sur trois seraient des femmes. Ainsi, les femmes représenteraient une part « proportionnelle » des pertes demploi. Or, dans cette pandémie, les femmes ont pris plus que leur part des pertes demploi2. Cest pourquoi il est essentiel de prendre en compte dautres raisons, non liées à lindustrie, pour expliquer cet écart. 

2 La différence entre la baisse nette de l’emploi chez les femmes et les hommes en janvier 2021 est de 1,7 point de pourcentage (-5,7 % contre -4 %). Si l’on compare ces chiffres aux différences moyennes de baisse de l’emploi entre les femmes et les hommes dans chaque secteur et si l’on prend la moyenne (pondérée par le niveau d’emploi d’avant la crise dans le secteur), on obtient une baisse plus importante de 1,4 point pour les femmes, ce qui signifie que 82 % (= 1,4/1,7) de la différence est due à des différences au sein des secteurs.

La COVID-19 a révélé que les femmes sont concentrées dans les emplois faiblement rémunérés et qu’elles réduisent considérablement leurs heures en raison de responsabilités familiales

Au-delà de loptique sectorielle, notre analyse révèle qu’en raison de leur surreprésentation parmi la main-d’œuvre à faible revenu et de leur rôle de mère, les femmes sont particulièrement vulnérables aux conséquences économiques de la COVID-19. 

Femmes à faible revenu

L’effet des récessions varie selon les secteurs, mais une caractéristique commune est que les pertes demploi ont tendance à se concentrer chez les personnes à faible revenu3. Lors de la crise financière mondiale et de la pandémie de COVID-19, les personnes à faibles revenus ont davantage souffert que celles à revenus élevés, ce qui suggère que ceux qui ont moins de chances de joindre les deux bouts sont plus susceptibles de subir les conséquences négatives des tendances économiques. La pandémie a mis en évidence le fait que les femmes au Canada sont surreprésentées dans les professions à faible revenu, puisquelles comptent pour près de trois de ces travailleurs sur cinq (58%). Les pertes demploi considérables dans ces professions ont contribué à faire augmenter la part des pertes demploi des femmes dans leur ensemble, tant lors du ralentissement initial au printemps 2020 que par la suite. 

En effet, la récession due à la COVID-19 a eu et continue davoir un effet considérable sur les personnes à faibles revenus. Au cours du ralentissement initial entre février et avril 2020, lemploi chez les personnes occupant des professions peu rémunérées a chuté de 26,1% (-1,8million demplois), soit près des deux tiers de tous les emplois perdus lors de cette période. De plus, la reprise pour les personnes à faibles revenus a pris un retard considérable par rapport aux autres groupes. En janvier 2021, lemploi dans son ensemble reste inférieur de 859000 à son niveau de février 2020. Toutefois, étant donné que les personnes à revenu élevé – tant les hommes que les femmes – ont dépassé leur niveau de février, les postes faiblement rémunérés représentent la quasi-totalité du manque à gagner en matière d’emploi4. En fait, en janvier 2021, lemploi à faible revenu reste inférieur de 12,8% (-896250emplois) à son niveau de février 2020, avec 13,8% chez les femmes (-557000emplois) et 11,5% (-339250emplois) chez les hommes (figure3). Au début de la pandémie, les femmes à faibles revenus ont également fait face à un taux de perte demploi plus élevé que les hommes. En mars et avril 2020, lemploi chez les femmes à faibles revenus a diminué de 27,6% (-1,1million demplois) contre 23,9% (-704250emplois) chez les hommes. 

3 Pour définir les travailleurs par catégories de revenus, nous suivons la méthode présentée dans une analyse précédente du CIMT. Les personnes à revenus élevés et faibles sont ensuite définies selon celles qui travaillent dans les 25 % supérieurs et les 25 % inférieurs des professions, et les personnes à revenus moyens sont celles qui travaillent dans les 50 % intermédiaires des professions.

4 L'emploi chez les personnes à hauts revenus n'a diminué que de 3,2 % entre février et avril 2020. En janvier 2021, ils étaient 2,4 % (+100 250 emplois) au-dessus de leur taux maximum d'avant la crise..

Calculs du CIMT; Statistique Canada, EPA, accès à distance en temps réel. Données non désaisonnalisées. 

Le nombre d’heures rémunérées a fortement diminué chez les femmes ayant de jeunes enfants

La pandémie de COVID-19 a entraîné la fermeture à grande échelle des garderies et des écoles, ce qui signifie que les enfants devaient rester à la maison, être pris en charge et (si possible) éduqués. Ces fermetures ont eu des effets importants sur la capacité des parents à concilier vie professionnelle et vie familiale. Déjà, avant le début de la pandémie, le nombre moyen dheures rémunérées des femmes avec enfants était sensiblement inférieur à celui des hommes (figure4). Avec la responsabilité accrue davoir des enfants à la maison, le nombre moyen dheures travaillées par les femmes et les hommes qui ont conservé leur emploi a chuté de façon spectaculaire au cours des premiers mois de la pandémie. La baisse des heures a été particulièrement marquée chez les femmes ayant de jeunes enfants. Parmi les ménages ayant au moins un enfant de moins de 7ans, le nombre moyen dheures rémunérées des femmes a diminué de 26% (de 27heures par semaine en moyenne en février à 20heures par semaine en avril). En comparaison, la baisse a été beaucoup plus faible chez les hommes (15,8%). En janvier 2021, le nombre moyen dheures travaillées sest largement redressé dans tous les groupes de parents et de non-parents. 

Les obligations familiales pendant la première vague de COVID-19 ont été un facteur important de la baisse du nombre moyen dheures travaillées par les femmes. En effet, la plupart des heures réduites par les parents sont attribuées aux personnes qui ne travaillent pas mais qui sont restées employées (et donc comptabilisées dans le nombre total et moyen dheures travaillées). La fermeture des écoles a obligé de nombreux parents à se démener pour trouver des solutions de garde denfants, ce qui a souvent signifié quun parent devait s’absenter du travail jusquà ce que des moyens plus durables soient trouvés. Les données suggèrent que cette charge a principalement pesé sur les femmes, puisque le nombre de femmes déclarant des semaines complètes d’absence du travail pour des raisons personnelles et familiales a augmenté de 24% entre février et avril 2020; pour les hommes, laugmentation a été de 3%. Avec la réouverture des écoles et la reprise économique, les absences du travail pour raisons personnelles et familiales ont commencé à diminuer. À lautomne, le nombre moyen dheures travaillées par semaine était largement revenu à la normale. Les données disponibles ne permettent toutefois pas de savoir comment les parents concilient leurs obligations familiales.

Conclusion

La pandémie de COVID-19 est une période sans précédent et très difficile pour l’ensemble des Canadiens et Canadiennes. Pour les personnes qui étaient ou sont toujours sans emploi, lannée 2020 a été particulièrement éprouvante. La majorité de celles qui ont perdu leur emploi sont des femmes, ce qui diffère nettement des récessions passées où les hommes ont subi la plus grande part des pertes demploi. En janvier 2021, lemploi chez les femmes restait inférieur de 5,3% à son niveau prépandémique, contre 3,7% chez les hommes. 

Les femmes sont surreprésentées dans les secteurs durement touchés qui dépendent d’une clientèle en personne, ce qui explique en partie cet effet disproportionné. Toutefois, dans de nombreux cas, les pertes demploi des femmes sont plus importantes que leur part de lemploi. Dautres vulnérabilités en matière demploi ont également été exposées par la pandémie. En effet, les femmes représentent 58% des emplois dans des professions à faible revenu et ont subi des pertes demploi plus importantes que leurs homologues masculins. De plus, les répercussions sur les mères qui travaillent ont été rudes, même pour celles qui ont conservé leur emploi. Leur nombre moyen dheures travaillées a chuté précipitamment, en particulier pour les mères de jeunes enfants, au cours de la première vague de la pandémie au printemps 2020. 

Les lourdes conséquences sur le marché du travail que nous connaissons encore aujourdhui se poursuivront probablement jusquà ce que la pandémie soit résolue. Alors que nous réfléchissons à la meilleure façon dassurer une reprise durable et inclusive, nos actions politiques et nos programmes doivent tenir compte des personnes les plus touchées ainsi que des vulnérabilités sous-jacentes qui ont été exposées par la pandémie.  

Remerciements

Le Rapport de perspectives de l’IMT a été préparé par Zoe Rosenbaum, Liz Betsis et Behnoush Amery, du CIMT. Nous aimerions remercier Tammy Schirle (Université Wilfrid Laurier), Sareena Hopkins (Fondation canadienne pour le développement de carrière), Julie L’Allier et Marc Delisle (Emploi et Développement social Canada), Henry Siu (Vancouver School of Economics), Emna Braham (Institut du Québec), Parisa Mahboubi (C.D. Howe Institute), Clemente Pignatti (Organisation internationale du travail) et Richard Horne pour leur rétroaction et leurs commentaires constructifs. Pour plus de renseignements sur ce rapport, veuillez communiquer avec Behnoush Amery, économiste principal, à behnoush.amery@lmic-cimt.ca, ou Tony Bonen, directeur de la Recherche, des données et de l’analytique, à tony.bonen@lmic-cimt.ca. 

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