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Les mères qui travaillent

Le récent rapport de l’ONU intitulé Le progrès des femmes dans le monde fait un bilan annuel de la situation des femmes autour du globe, avec un accent particulier porté sur les familles et le rôle de celles-ci dans la vie des femmes. En tant qu’économistes du travail (et en tant que femmes), nous voulions examiner de plus près une décision familiale clé qui a un impact sur la présence des femmes sur le marché du travail : avoir des enfants. La place que nous prenons a toujours été largement influencée par le rôle que nous jouons à la maison comme aide familiale, pourvoyeuse et protectrice. En tant que nouvelle maman, Emna savait que la relation complexe entre ces rôles aurait un impact sur sa décision d’avoir des enfants.

Bébé ou pas de bébé ?

Aujourd’hui, les femmes canadiennes ont en moyenne 1,5 enfant comparativement à 2,5 en 1970. Ce nombre est inférieur à la moyenne mondiale (2,5) et américaine (1,8). Pour le prochain siècle, l’ONU s’attend à ce que les taux de fertilité convergent, avec une légère augmentation au Canada pour atteindre 1,7 enfant par femme (voir figure 1). Le déclin mondial du taux de fertilité est l’une des tendances démographiques les plus remarquables des dernières décennies (de 4,9 en 1970 à 2,5 aujourd’hui).

Plus que jamais, les femmes participent activement au marché du travail d’aujourd’hui et nous sommes libres de décider si nous voulons avoir des enfants ou non (et combien). Toutefois, il y a certains défis.

Le faible taux de fertilité est accompagné de conditions de travail défavorables pour les femmes, comprenant des pertes en matière d’investissement en d’éducation, la surreprésentation dans des emplois atypiques (comme le travail temporaire et à temps partiel) n’offrant pas de prestations de maternité ou le fait de vivre dans un pays (comme les États-Unis) qui n’offre pas le congé de maternité minimal de 18 semaines recommandé par l’Organisation mondiale de la santé et UNICEF.

Pour Emna, obtenir l’information sur les conditions sous lesquelles elle pouvait arrêter et reprendre le travail, incluant l’information sur l’accès au congé de maternité et parental, a sans aucun doute joué un rôle dans sa décision.

Figure 1 - Estimations et projections du taux de fertilité, 1950-2095

Source : Perspectives de la Population mondiale : Révision 2019, Division de la Population des Nations Unies

Une transition en douceur

Après le congé de maternité et parental, on nous demande de revenir au travail, de relancer nos compétences et de jouer nos rôles au sein du marché du travail. Mais la vérité est que le retour au travail n’est pas quelque chose de banal. Après avoir été la principale aide familiale pendant plusieurs mois, nous assumons encore l’essentiel des responsabilités du travail ménager, incluant l’organisation des activités et les déplacements aux rendez-vous médicaux. Ceci doit être fait tout en retrouvant notre place au travail et en se trouvant en concurrence avec des collègues qui ne sont pas confrontés aux mêmes obstacles. Cette décision doit être prise de manière confortable, sans que l’on se sente poussées à retourner au travail sans soutien.

Préparer les conditions et favoriser la transition du congé de maternité au travail sont des enjeux importants pour garder les mères qui retournent au travail dans leur emploi. Pour Emna, savoir qu’elle aurait accès à des services de garde d’enfant abordables était une condition essentielle pour assurer qu’elle serait en mesure de combiner la maternité et une carrière. Les programmes d’employeurs tels que des heures flexibles et la possibilité de travailler de la maison peuvent faciliter davantage la transition. De plus, offrir des accommodations aux deux parents peut aider à mieux partager les responsabilités parentales, incluant la garde d’enfants, l’école, les rendez-vous et la maladie.

Les mères monoparentales

Certaines mères sont confrontées à des obstacles encore plus importants. Les mères monoparentales ont davantage tendance à faire partie des ménages à faible revenu et se retrouvent dans le groupe le plus vulnérable ayant besoin de soutien au travail. Les familles avec une mère monoparentale sont presque universellement plus à risque d’être pauvres, car les femmes gagnent en moyenne moins que les hommes et les effets de la parentalité sur la carrière affectent davantage les femmes. Dans la figure 2, nous comparons les taux d’emploi des parents canadiens monoparentaux avec des enfants d’âges différents entre 2015 et 2019. Bien que le taux d’emploi des mères monoparentales ait augmenté en cinq ans, il demeure inférieur à celui des pères monoparentaux. Sans surprise, lorsque les enfants atteignent l’âge de 3 ans, de 5 ans et plus, le taux d’emploi des mères monoparentales augmente également. Cette tendance n’est pas observée chez les pères monoparentaux.

Figure 2 - Taux d’emploi des parents monoparentaux au Canada, 2015-2019

Source : Sondage sur la population active, tableau 14-10-0120-01

 Bonnes politiques, bons programmes

Lorsque le moment est venu, Emna devait confronter son désir d’avoir des enfants (et combien) avec le plan de carrière qu’elle avait en tête. Le fait d’avoir (ou non) les conditions pour partir en congé et revenir en toute sécurité au travail l’a réconfortée dans la décision.

Savoir qu’elle aurait accès à un congé de maternité/parental, à des prestations et à des services de garde d’enfant abordables l’a soutenu dans son choix de décider librement si et quand elle quitterait son travail pour avoir un enfant. Dans une récente étude du CIMT, nous avons trouvé que comparativement aux hommes, les femmes ont davantage tendance à rechercher de l’information sur les avantages sociaux d’un emploi (incluant l’assurance-emploi et les prestations parentales).

Mais cela ne suffit pas. Lorsque vient le temps de revenir au bureau, un environnement de soutien au travail, incluant des heures de travail flexibles et d’autres politiques favorables à la vie de famille peuvent faciliter et soutenir la transition du retour au travail. Représentées comme l’un des groupes les plus vulnérables du marché du travail, les mères monoparentales ont besoin d’une plus grande attention dans toutes les politiques et les programmes connexes.

En offrant de l’information plus fiable sur les avantages et d’autres informations relatives au marché du travail avant et après la maternité, nous pouvons également aider les femmes à prendre la bonne décision au bon moment concernant la maternité et le retour au travail. C’est ici que le CIMT souhaite contribuer davantage.

Restez à l’affût pour obtenir davantage d’information du CIMT sur des sujets concernant les femmes.

Behnoush

Behnoush Amery est économiste principal au CIMT. Ses travaux portent sur l’information sur le marché du travail notamment l’étude de l’avenir du travail, la relation entre l’éducation et les résultats sur le marché du travail, ainsi sur l’estimation des données granulaires sur le travail.

behnoush.amery@lmic-cimt.ca

Emna Braham

Emna Braham est économiste principale au CIMT. Elle travaille actuellement à évaluer l’état de l’information sur le marché du travail au Canada et mène des recherches prospectives en collaboration avec les intervenants.

emna.braham@lmic-cimt.ca

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