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Je ne connaissais rien aux métiers spécialisés, ça n’a pas à être votre cas

À la fin du secondaire, je devais choisir ce que j’allais faire. J’avais l’impression que mes seules options étaient soit d’aller à l’université, soit de me trouver un boulot. Je n’ai jamais même pensé aux programmes d’apprentissage de métiers spécialisés, dont je ne connaissais ni les perspectives ni les avantages, comme la sécurité d’emploi et la possibilité d’avoir un excellent salaire à moindre coût et souvent bien plus rapidement par rapport au programme régulier de baccalauréat.

Ces décisions que j’ai dû prendre il y a plusieurs années sont les mêmes que doivent prendre les jeunes Canadiens et Canadiennes aujourd’hui (dans un marché d’emploi autrement plus incertain, cela dit). Il est donc essentiel qu’ils aient accès à toute l’information sur le marché de l’emploi (IMT) dont ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées. Selon notre étude d’opinion publique, les données d’IMT sur les revenues sont celles qui intéressent davantage les étudiants. Le CIMT et l’Initiative de recherche sur les politiques de l’éducation (IRPE) ont justement uni leurs forces et se sont intéressés aux revenues des compagnons (les titulaires de certificat de métier) au Canada, y compris les apprentis inscrits à un programme d’apprentissage. Cette recherche sur les gens de métiers s’appuie sur notre étude conjointe qui, à partir des données recueillies sur la Plateforme de liens longitudinaux entre l’éducation et le marché du travail rendu accessible par Statistique Canada, analyse les revenus des diplômés d’établissements d’enseignement post-secondaires.

Pour examiner les résultats des gens de métier spécialisé sur le marché du travail, nous utilisons le Système d’information sur les apprentis inscrits (SIAI), qui relie les données sur les apprentis inscrits suivant une formation dans un métier spécialisé et les ouvriers qualifiés à des données sur les revenus fiscaux. L’objectif est de connaître les trajectoires de revenus des titulaires de différents certificats de métier. Nous nous concentrons sur les métiers Seau rouge, soit 56 métiers désignés qui répondent à des normes nationales et qui constituent les trois quarts de tous les certificats de métier octroyés chaque année. Les revenus des compagnons dans ces métiers sont similaires à ceux des autres métiers.

La figure 1 indique que sept années après l’obtention de leur certification, les compagnons Sceau rouge gagnent en moyenne plus que les titulaires d’un baccalauréat, d’un certificat d’études collégiales ou d’un diplôme d’études collégiales. Les compagnons de la cohorte de 2010 avaient un revenu moyen de 66 700 $ un an après l’obtention de leur certification, tandis que le revenu moyen était de 40 900 $ pour les titulaires d’un baccalauréat, de 35 600 $ pour les titulaires d’un certificat d’études collégiales et de 34 400 $ pour les titulaires d’un diplôme d’études collégiales. Cette comparaison ne se veut pas une analyse coût-bénéfice – la durée des études varie selon les programmes et les revenus moyens varient significativement selon les domaines et le type de certification –; la figure 1 nous informe cependant de la rémunération moyenne.

Si le revenu moyen des compagnons demeure relativement stable au fil du temps, les diplômés titulaires d’un baccalauréat voient le leur augmenter significativement chaque année. En effet, l’écart de rémunération par rapport aux compagnons passe de 39 % (25 800 $) à 14 % (10 400 $) dans les sept années suivant l’obtention du diplôme ou de la certification. Les données qui seront publiées ultérieurement nous permettront de suivre ces trajectoires sur une plus longue période.

Je suis satisfaite de ma formation et de la façon dont mon parcours professionnel évolue (après tout, je travaille pour un organisme formidable), j’aurais tout de même aimé connaître l’ensemble des options qui s’offraient à moi, ce qui m’aurait permis de prendre des décisions mieux informées. Un aspect que j’aurais considéré est le fait que les métiers spécialisés sont à prédominance masculine : 90 % des compagnons Sceau rouge sont des hommes. Les domaines les mieux rémunérés sont l’électricité, la mécanique et la métallurgie, où les hommes représentent plus de 97 % des travailleurs.

Les normes culturelles empêchent peut-être les femmes de considérer ces métiers. D’expérience, je peux dire qu’on ne m’a jamais proposé l’option des métiers spécialisés; il était entendu que ça n’intéresserait ni moi ni aucune de mes camarades. La discrimination avérée dissuade peut-être aussi les femmes à choisir et à exercer un métier spécialisé à prédominance masculine. Quoiqu’il en soit, les choses commencent à changer. En 2018, le gouvernement fédéral a lancé le programme de Subvention incitative aux apprentis pour les femmes afin d’aider les femmes à payer certaines dépenses liées à la formation d’apprentissage d’un métier au sein duquel elles sont sous-représentées.

D’autres recherches et analyses seront nécessaires pour comprendre la répartition entre les hommes et les femmes dans les métiers spécialisés. Nous collaborons avec l’IRPE afin de diffuser de l’IMT de qualité sur les résultats des diplômés des programmes d’apprentissages sur le marché du travail et d’aider les Canadiens, tout particulièrement les jeunes, à prendre les meilleures décisions pour eux. Le CIMT publiera bientôt d’autres analyses sur les données liées aux programmes d’apprentissage, restez à l’affût!

Zoe

En tant qu’économiste du CIMT, Zoe Rosenbaum contribue aux projets de recherche actuels et futurs relatifs aux enjeux du marché du travail au Canada.

zoe.rosenbaum@lmic-cimt.ca

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