Skip to content

Créer des ponts entre les services de carrière et les groupes visés par l’équité au Canada

Surranna Sandy, PDG de Skills for Change, réfléchit à ce que signifient les conclusions du récent rapport du CIMT et du CCF consacré aux services de carrière canadiens pour les nouveaux arrivants et les personnes à faible revenu auxquels s’adresse son organisation.

Ecoutez ce article sous forme d'enregistrement audio

Le Conseil d’information sur le marché du travail (CIMT) et le Centre des compétences futures (CCF) ont récemment publié un rapport qui examine la relation de la population adulte canadienne aux services de développement de carrière.

Il en ressort que les immigrants et les personnes sans emploi sont plus susceptibles de recourir aux services de carrière. Toutefois, avec seulement 27 % d’adultes affirmant leur faire appel, ces services demeurent peu utilisés, surtout si l’on compare à d’autres pays.

Il s’agit d’un point de données préoccupant étant donné que bon nombre des clients de Skills for Change sont de nouveaux arrivants et des familles à faible revenu.

Au vu des conclusions de ce rapport, nous nous interrogeons à savoir pourquoi nos clients n’ont pas davantage recours aux services de carrière, tout particulièrement dans le contexte actuel où les défis professionnels ont été multipliés en raison de la pandémie.

L’INÉGALITÉ NUMÉRIQUE CHEZ LES NOUVEAUX ARRIVANTS ET LES PERSONNES À FAIBLE REVENU

Un rapport récent de Deloitte sur l’équité numérique montre comment la technologie a transformé nos façons de travailler.

Cette dépendance à la technologie a exacerbé les inégalités sociales existantes touchant des groupes tels que les nouveaux arrivants, les personnes racisées, les personnes âgées et les communautés à faible revenu.

En raison des restrictions liées à la covid-19, les fournisseurs de services de développement de carrière ont dû mener leurs activités en ligne plutôt qu’en personne, ce qui a empêché bien des gens d’accéder à l’aide dont ils avaient besoin.

Avant le début de la pandémie en 2020, nos clients pouvaient recevoir du soutien en personne, participer à des ateliers de gestion de carrière et utiliser des ordinateurs sur place pour mettre à jour leur CV. Cette transition rapide vers les services virtuels a été un obstacle pour de nombreuses personnes qui n’avaient pas accès au Wi-Fi ou à un ordinateur, ou encore qui avaient des problèmes de bande passante ou de connectivité.

Si les prestataires de services de carrière peuvent revenir à des modèles en présentiel ou hybride, la dépendance à la technologie, elle, demeure. Pour que chaque personne puisse avoir la chance de réussir sur le marché du travail canadien dans cette nouvelle réalité numérique, l’accès équitable à la technologie et aux services axés sur la technologie est indispensable.

LES DIFFICULTÉS SPÉCIFIQUES AUX FEMMES NE SONT PAS ABORDÉES

En 2021, la Harvard Business Review a interrogé 150 femmes sur la façon d’atteindre l’équité entre les genres dans les postes de pouvoir.

L’enquête a révélé que, encore aujourd’hui, les préjugés sexistes et les désavantages structurels entravent la réussite des femmes.

Les femmes voient les obstacles apparaître dès les étapes d’établissement et de maintien de leur carrière. Souvent, les services de développement ne mesurent pas l’ampleur des difficultés auxquelles les femmes – en particulier les nouvelles arrivantes et les femmes racisées – sont confrontées lorsqu’elles entrent sur le marché du travail.

Des problèmes socio-économiques et culturels complexes tels que le manque de confiance en soi et la pénalité liée à la maternité – les mères seraient « moins investies » et « moins motivées » – relèguent les femmes aux emplois les moins bien rémunérés et peu spécialisés. Pour les nouvelles arrivantes et les femmes à faible revenu, il s’agit là d’embûches supplémentaires.

À Skills for Change, nos recherches ont démontré que ces obstacles peuvent mener à l’épuisement et à des problèmes de santé mentale et que, bien souvent, les services de carrière ne sont pas outillés pour soutenir les femmes dans ces parcours uniques et difficiles.

DES SERVICES DE CARRIÈRE INTERSECTIONNELS ET ADAPTÉS PEUVENT COMBLER LE FOSSÉ

Si nous voulons changer les statistiques au Canada et aider plus d’adultes à accéder aux services de carrière, ceux-ci doivent être adaptés aux besoins uniques des nouveaux arrivants, des personnes à faible revenu, des femmes, des groupes racisés et des autres groupes visés par l’équité.

À Skills for Change, nous tentons de relever ces défis en proposant des ateliers et des cours de développement de carrière adaptés aux besoins particuliers des nouveaux arrivants et des femmes racisées, ainsi que des services de soutien en santé mentale et en mieux-être.

Cette année, nous avons lancé des programmes qui fournissent un accès gratuit à la technologie aux personnes rencontrant des difficultés à utiliser les services numériques. Nous avons également développé un certain nombre de programmes destinés aux femmes, axés sur la violence fondée sur le genre et le renforcement de la confiance en soi. Nous observons aujourd’hui une plus grande utilisation des services de développement de carrière et de meilleurs résultats sur le marché du travail.

DE MEILLEURES DONNÉES MÈNENT À DE MEILLEURS SERVICES

Des données comme celles présentées dans le rapport du CIMT et du CCF doivent nous inciter à jeter un regard critique sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans les services de carrière au Canada.

Je me suis ici concentrée au rôle majeur que joue l’iniquité numérique et les préjugés liés au genre sur l’accès aux services de développement de carrière, mais d’autres facteurs nécessitent une collecte et une analyse plus approfondies des données.

Une étude exhaustive des services de développement de carrière au Canada nous aidera à mieux comprendre pourquoi ils ne sont pas mieux utilisés et comment les prestataires de services d’orientation professionnelle et les intervenants de tous les secteurs peuvent contribuer en adaptant leurs services, leurs approches et leurs stratégies.

Un nouveau rapport du CIMT et du CCF examinent la relation entre les adultes et les services de carrière au Canada.

Lire la suite

Surranna Sandy_Photo

Surranna Sandy est PDG de Skills for Change, un organisme multiservice sans but lucratif qui imagine un Canada où chaque immigrant et immigrante peut réussir.

Avant de rejoindre Skills for Change, Surranna a eu une brillante carrière en tant que présidente et fondatrice de Surcorp Group, une entreprise de gestion de carrière ayant des bureaux à Toronto et à Ottawa.

Connaissant bien les défis liés à l’immigration pour les avoir elle-même vécus, Surranna œuvre à faire connaître et à défendre les besoins des immigrants et des réfugiés à titre de bénévole et de membre du conseil d’administration dans le secteur de l’établissement. Elle est membre du Comité d’intervenants en développement de carrière du CIMT.

Illustrations par Sharleen Ramos pour CIMT.

Laissez un commentaire